
Réalisateur : Lukas Rinker
Année de Sortie : 2023
Origine : Allemagne
Genre : Thriller
Durée : 1h30
Le Roy du Bis : 6,5/10
Thibaud Savignol : 6/10
Vie de Merde
Le huit-clos est un exercice périlleux qui requiert un acteur talentueux ainsi qu’un scénario inventif afin de se renouveler régulièrement sous peine de rapidement virer à l’ennui ferme et poli. James Franco tentait de dégager son bras d’un rocher dans 127 heures, Sam Rockwell faisait mine de s’occuper en attendant la relève dans la base isolée de Moon, quand Ryan Reynolds nous faisait suffoquer dans son cercueil enterré huit pieds sous terre dans Buried.
Tête à tête avec Mr Hankey
Prendre l’idée d’un chiotte comme environnement n’est pas nouvelle en soit puisque Shinya Tsukamoto l’avait déjà abordé dans Haze. Le metteur en scène se contorsionnait afin de se faufiler dans des canalisations plus étroites que le sphincter d’une bonne sœur. Maintenant, imaginez-vous retrouver coincé dans un toilette de chantier renversé. C’est exactement ce qui va arriver à Franck Lamm après s’être réveillé le bras empalé sur une tige de ferraille rouillée. En plus d’une douleur vive et d’une position vraiment inconfortable, pisse et chiasse lui dégoulinent littéralement sur le visage, sans parler des risques de septicémie engendré par l’infestation de la plaie.
L’environnement sent le caca, et comme si la situation n’était pas déjà assez humiliante comme ça, l’abattant du WC se moque de lui. Franck doit néanmoins se dépêcher de sortir de ce trou avant la fin du temps imparti, car dans 80 minutes, le promoteur immobilier entendu au micro fera démolir tout le chantier pour y bâtir un magnifique complexe hôtelier.
Franck va bien sûr tenter de joindre des secours pour se sortir de cette situation, mais son portable se retrouve engoncé dans un vieux tas de merde. La porte de la cabine est cadenassée, et Horst son patron l’ignore sciemment puisqu’il a provoqué cet accident. En plus de cela, ce dernier utilise un brouilleur de données pour l’empêcher d’alerter les autorités. L’Architecte ne peut donc compter que sur ses talents de MacGyver pour se sortir de ce foutu merdier à l’aide d’une galerie d’outil à portée de main, un briquet, ainsi qu’un couteau pour se trancher le bras.

Au fond du trou
L’argument Z de départ s’efface rapidement face à l’urgence de la situation et le rythme initié par Lukas Rinker. L’emploi de flash-back permet non seulement de meubler les temps morts, mais aussi de dévoiler les circonstances ayant conduit le principal interprète dans cette merde. Grossomerdo il s’agit d’une histoire de gros sous et de hiboux (une espèce protégée) empêchant la destruction du site.
Dans sa première partie, le film parvient habilement à restait cantonné au champ de vision de son principal interprète. Lukas Rinker s’amuse avec nos nerfs, tente de faire durer le plaisir quitte à accentuer artificiellement la tension (la cabine en plastique indestructible et ignifugée, le méchant débitant son plan machiavélique auprès de deux flics incompétents, ou la mise à feu systématiquement retardée pour des prétextes fallacieux). Mais le mieux est l’ennemi du bien. À mesure des nombreux échafaudages narratifs opérés par le metteur en scène, Holy Shit s’effondre littéralement sur le plan scénaristique.
Heureusement, les qualités intrinsèques de l’action suffisent à masquer la plupart de ces colombins, notamment par la cruauté jubilatoire dont l’antagoniste fait preuve. À ce titre Gedeon Burkhard s’en donne à cœur joie dans le rôle de ce promoteur véreux sans aucun scrupule. Holy Shit vire même à la torture psychologique lors d’une séquence de cocufiage cauchemardesque sur fond de pop-musique teutonne. Thomas Niehaus n’est pas en reste et communique parfaitement le sentiment de claustration et de dégoût que l’on ressent devant cette tempête d’excrément. Gore et cracra, Holy Shit remplie donc son contrat au bout du rouleau.



