
Réalisateur : Gerald Kargl
Année de Sortie : 1983
Origine : Autriche
Genre : Vis Ma Vie De Psychopathe
Durée : 1h23
Le Roy du Bis : 8/10
Thibaud Savignol : 8/10
Pulsions Mortelles
Le refrain vous sera sûrement familier. Un déséquilibré multirécidiviste sort de prison quelques années après avoir tué une victime innocente avec la ferme intention de recommencer. Ainsi fonctionnent les rouages du système judiciaire. Pour éviter que les prisons ne soient saturées, il faut bien réinsérer les individus dans la société. Tout le monde a le droit à une seconde chance, alors pourquoi pas les tueurs fous et sanguinaires ? Cela pourra très bien vous sembler aberrant, et pourtant.
L’histoire s’inspire d’un fait réel, celui de Werner Kniesek, qui fut libéré huit ans après avoir assassiné une femme en 1973, avant de recommencer et de s’en prendre cette fois à toute une famille. Ce fait divers ouvra à nouveau le débat sur le système pénal autrichien. En désespoir de cause, les criminels ne sont pas tous réhabilitables, c’est d’ailleurs le cas du tueur de Schizophrenia. Le film assume le parti dérangeant d’enfermer le spectateur à l’intérieur de ses pensées via des monologues pour le moins glaçants, qui ne seront que les préambules à une nouvelle série d’assassinats.

Rien ne pourra toutefois légitimer ses actes, si ce n’est une enfance particulièrement difficile, une cellule familiale défaillante et un beau-père violent. Le fait est que le tueur n’agit que par pulsions obsessionnelles, et improvise au fur et à mesure de ses rencontres fortuites. Après avoir envisagé de s’attaquer aux clients d’un restaurant, il tente d’étrangler une conductrice de taxi avec ses lacets mais échoue cependant à aller au bout de son forfait, se retrouvant abandonné au beau milieu d’une bourgade résidentielle.
Le tueur va alors se retourner contre les habitants d’une maison : un homme handicapé qu’il va noyer dans l’eau du bain, avant de tuer sa mère par strangulation, avant de s’attaquer à sa sœur devant son propre chien. Ce dernier homicide s’avère particulièrement long, complaisant, abjecte et difficilement supportable pour le commun des spectateurs. Le récit se déroule en temps réel, et les meurtres semblent pris sur le vif dans la confusion la plus totale, éprouvant d’avantage le visionnage.
Le film n’emploie aucun artifice de mise en scène, si ce n’est la musique électronique de Klaus Schulze, dont les percussions à répétition tendent à souligner l’impact traumatique ainsi que la frénésie de ce tueur possédé par ses propres démons. Le point de vue de l’agresseur ne se limite pas à son triple homicide, mais aussi à son rapport qu’il entretient avec le monde extérieur grâce à une caméra mobile rendant l’environnement souvent instable, désordonné, voir même déformé à l’image de sa personnalité schizophrénique.
L’objectif s’attarde la plupart du temps à démontrer les réactions, grimaces et expressions orgasmiques qui se dessinent trait pour trait sur son visage à mesure des exactions du tueur. La sensation de malaise et de promiscuité en sont d’autant plus renforcées, que le long-métrage de Gerald Kargl n’est animé que par la voie monotone du forcené témoignant de ses agissements et de sa perversité. La cavale meurtrière sera néanmoins stoppée net suite à un bête accident de circulation. Le coupable n’a alors qu’une idée en tête, dévoiler aux mondes l’horreur de ses abominations et atrocités afin de se délecter de leurs réactions. Une fin sinistre et amère, absolument dépourvue d’état d’âme et qui en dit long sur le psychisme des cas les plus récalcitrants. On n’en sort pas indemne.



