
Réalisateur : Stuart Gordon
Année de Sortie : 2007
Origine : États-Unis / Canada / Royaume Uni / Allemagne
Genre : Thriller Moral
Durée : 1h25
Le Roy du Bis : 7/10
Thibaud Savignol : 6/10
Le Garage de la Peur
La Roue tourne elle a tourné. Stuart Gordon a donc définitivement troqué les tentacules et les terreurs cosmiques pour l’horreur sociale et satirique. Stuck vient ainsi conclure sa trilogie de thrillers initiée avec King of the Ants, par un constat d’échec humain accablant sur l’individualisme forcené des gens.
La Roue tourne, elle va tourner
Parfois vous n’avez pas le temps de vous relever de votre caniveau que le destin s’acharne et vous chie littéralement dessus. C’est le cas de ce pauvre Tom, qui après avoir perdu son travail se retrouve réduit à vivre dans la rue. Pour d’autres, la roue tourne. Brandie Boski, une aide-soignante fort appréciée dans l’Ehpad où elle officie, se voit gratifier d’une promotion et part fêter la nouvelle comme il se doit.
Malheureusement, l’infirmière n’aura pas le temps de jouir de son nouveau poste qu’elle va percuter de plein fouet ce pauvre hère, se retrouvant à demi-encastré dans son pare-brise. Prise de panique, Brandie va alors chercher à couvrir son erreur avec l’aide de son petit ami dealer et séquestrer la victime dans son garage, attendant sa mort pour pouvoir l’enterrer et oublier toute cette histoire. Mais ce dernier ne compte pas se laisser abattre et encore moins lui faciliter la tâche.

Cette histoire tirée d’un authentique fait divers, permet à son réalisateur de brosser une parfaite étude de caractère. Le film introduit ainsi chacune de ces deux personnalités opposées, qui seront amenées à se croiser au carrefour de leur destinée commune. Brandie va alors accumuler les erreurs, manipulations, chantages et mensonges en espérant naïvement pouvoir s’en tirer à bon compte. Le vernis clinquant de la douce infirmière joviale et empathique présenté dans l’introduction va alors se morceler. À l’inverse, Tom à qui rien ne réussit, va faire preuve d’une résilience à toute épreuve.
De mal en pis
Afin de combler l’étroitesse de son budget, Stuart Gordon opte pour le choix d’un huit clos se limitant le plus souvent à l’habitacle de la voiture et au garage de l’aide-soignante. Heureusement, le réalisateur alterne les cadres afin d’optimiser l’espace et de susciter le sentiment de claustration et de souffrance ressenti par la victime. Il s’agira pour Tom de tenter de s’extirper du tableau de bord afin de signaler sa présence aux autorités et pour Brandie d’achever la victime et de planquer son corps en attendant de pouvoir s’en débarrasser.
Sur le plan sociologique Stuck nous renvoie à notre propre égocentrisme : Que ferions-nous à la place de la conductrice en état d’ébriété au moment des faits ? Qui se soucierai de la perte d’un SDF démuni et sans papier ? Le film s’apparente en réalité à une lutte des classes féroce où un ancien col blanc devenu clochard tente de résister à la pression d’une col bleue arriviste sans merci. Le constat est sans équivoque : il faut écraser les plus faible pour espérer gravir l’échelle sociale. L’intérêt du film tient beaucoup à l’interprétation de Mena Suvari dans un rôle à contre-emploi, abandonnant ses minauderies (American Pie, American Beauty), pour faire tomber le masque de la douce infirmière intentionnée et dévoiler ainsi sa véritable personnalité, celle d’une petite peste hystérique, égoïste et surtout très maladroite.
Chant du cygne de son réalisateur, Stuck fait preuve d’une ironie grinçante parfois digne d’une comédie slapstick, contrastant largement avec l’horreur de la situation dépeinte. Les saillies gores sont moins présentes dans l’oeuvre de Gordon mais n’en reste pas moins impactantes, soulignant tout le poids de la violence psychologique à l’épreuve. Les ressorts humoristiques reposent essentiellement sur le calvaire enduré par la victime (les essuie-glaces dans la panse, le crayon planté dans l’œil) ainsi que sur les mauvaises décisions de sa ravisseuse, qui va peu à peu s’enfoncer dans sa propre ignominie et voir sa vie personnelle et professionnelle se déliter juste devant ses yeux.



