
Réalisateur : Paul Michael Glaser
Année de Sortie : 1987
Origine : États-Unis
Genre : Jeu de la Mort
Durée : 1h41
Le Roy du Bis : 7/10
Du Pain et des Jeux
À déverser près de deux milliards dans la seine pour que des politiques puissent y piquer une tête et organiser des jeux auxquels les nombreux artistes conviés prêteront leur voix en playback sans que leur interprétation n’est un quelconque rapport avec l’évènement (y a pas moyen djadja…), qu’il fait bon se replonger dans Running Man !Cette adaptation signée par Paul Michael Glaser symbolise parfaitement le point d’acmé atteint dans l’expansion du cinéma d’action des années 80. La production de blockbusters (Terminator, Robocop, Predator, Aliens) parfaitement calibrés exalte alors le culte de l’image à l’aide de personnages massifs et infaillibles, portant les idéaux reaganiens à bras le corps.
Surtout, Ne Zappez pas !
En réalité Running Man tient moins de l’adaptation du roman éponyme de Stephen King (écrit sous le pseudonyme de Richard Bachman) que d’un remake bigger and louder du Prix du Danger d’Yves Boisset. Le réalisateur français intentera d’ailleurs un procès pour plagiat qu’il finira par remporter 10 ans plus tard au terme de multiples tractations, verdicts et rebondissements au tribunal. Pour autant, le film de Paul Michael Glaser vaut mieux que ce que laisse précéder sa réputation, même si on ne peut s’empêcher d’imaginer ce qu’un tel sujet aurait pu donner entre des mains plus expertes (Paul Verhoeven).
Du roman il ne reste que peu d’éléments si ce n’est le personnage de Ben Richards, campait par Arnold Schwarzenegger prêtant ses facéties et sa force herculéenne à un héros accusé à tort d’un massacre qu’il n’a jamais commis. Sa réhabilitation se fera donc au cœur de l’arène sous les quolibets d’un public versatile toujours acquis à la cause du plus fort. L’occasion pour le cinéaste de dresser les contours d’une société dystopique opprimant la basse populace et utilisant les médias pour véhiculer leur propagande.

Comme au temps de la Rome antique, les gens sont endormis par des joutes télévisées, délivrant son lot de mises à mort brutales et spectaculaires. Il lui faudra donc gagner le cœur de la foule pour survivre et laver son honneur, mais aussi dévoiler au monde cette vaste supercherie organisée, ne laissant aucune chance de rédemption aux participants et vainqueurs de l’émission dont les ossements s’entassent à l’arrière-boutique.
Le Futur, c’est maintenant !
Cette ébauche grossière d’un système totalitaire de plus en plus déshumanisé, abruti par le consumérisme et la télévision, ne saurait néanmoins occulter ce qui anime réellement le long métrage, à savoir sa traque, ses épreuves et duels à mort. Mais là où Le Prix du Danger choquait dans son approche réaliste de la violence et du médium, Running Man s’en démarque de manière assez paradoxale et ironique grâce à une mise en scène tapageuse, une surenchère d’artifices et d’effets ainsi qu’un humour assez décomplexé.
A l’instar de Rollerball en 1975, la représentation de son show est marquée par les extravagances et excès visuels de l’époque ; les néons et couleurs flashy, les enseignes rutilantes, jusqu’au choix des combinaisons moulantes conçues par Adidas, lui permettent ainsi d’acquérir toute sa dimension jubilatoire et régressive. Dans ces conditions, la révolution sociale en toile de fond ne servira qu’à objecter un happy end typiquement américain. Bien moins subversif que son modèle, Running Man n’en reste pas moins visionnaire à l’heure des Deep Fake et des dérives engendrées par l’utilisation de l’intelligence artificielle (le Face Swap utilisé dans le film servant à leurrer le public).
Reste néanmoins le plaisir de voir Schwarzy défoncer des crânes et botter des culs de gladiateurs au look bigarré et kitsch à souhait (un pyromane, un hockeyeur meurtrier, un chanteur d’opérette lançant des arcs électriques, ou bien un gimmick d’Hulk Logan affublé d’une tronçonneuse). C’est dans ces séquences d’expositions et ces affrontements à couteaux tirés que le film parvient vraiment à catalyser l’ivresse sanglante du spectateur là où Yves Boisset au contraire, le fustigeait en lui tendant un miroir déformant. On a le public qu’on mérite.



