
Réalisateur : Masaaki Tezuka
Année de Sortie : 2005
Origine : Japon
Genre : Voyage dans le Temps
Durée : 1h55
Le Roy du Bis : 4/10
Le Shogun de l’Ombre
Moins philosophique et subtil que le film de Kôsei Saitö, Samurai Commando : Mission 1549 propose un remake faisant également office de suite tardive. Si le réalisateur tente bien d’approfondir son étude de caractère à travers le portrait despotique d’un colonel atteint de folie des grandeurs, l’édifice s’effrite très vite face aux failles narratives béantes et à la faiblesse d’une mise en scène se reposant sur des effets visuels d’un autre temps.
Bien que la trame de départ reprenne les grandes lignes des Guerriers de l’Apocalypse (un commando est accidentellement envoyé au 16ème siècle et se retrouve mêlé aux guerres féodales), ce n’est que pour mieux s’intéresser à une cascade de résonance en chaîne menaçant de troubler l’équilibre du continuum espace-temps. Sans le poids de sa star Sonny Chiba pour porter le film, Samurai Commando devient rapidement mission impossible, malgré la menace d’un ersatz de Kadhafi asiatique campé par Takeshi Kaga. Le montage français tronqué d’une demi-heure n’aide pas à combler les lacunes narratives d’un film qui loupe totalement sa cible, et ne peut même pas se targuer d’être un nanar sympathique faute de folie grand guignolesque.
Dans Samurai Commando : Mission 1549, l’avenir se dessine moins sur le champ de bataille que sur l’altération idéologique des forces de défenses japonaises et sur la capacité d’un colonel à mener le Japon dans une ère militaro-industrielle précipitée. L’intrigue manichéiste bâtie sur une souveraineté nationale retrouvée prolonge les préoccupations et thématiques abordées dans le roman de Ryo Hanmura, sans toutefois faire preuve de nuance dramaturgique comme avait su le faire Kôsei Saitö dans son adaptation. Ainsi, le colonel Matoba et ses hommes tentent de conquérir le shogunat de l’ère Sengoku grâce aux découvertes de nouvelles technologies liées aux armes et au nucléaire.

Mais plutôt que de montrer les conséquences désastreuses et irréversibles que provoquerait ce paradoxe temporel sur l’échiquier géopolitique mondial, Masaaki Tezuka tend vers un divertissement pseudo-spectaculaire éludant totalement les meilleures idées de ce révisionnisme nippon. Dès lors, le futur qu’envisage le réalisateur n’est pas celui des conquérants nationalistes aux bottes noires, mais bien celui des trous interdimensionnels se mettant à engloutir progressivement l’environnement. Et avec un Shogun va-en-guerre belliciste menaçant de faire sauter l’ensemble du territoire pour le refaçonner à son image, cela limite fatalement les enjeux et dilemmes moraux impliquant ces phénomènes d’altérations.
Nanti d’un budget de 15 millions, le film de Masaaki Tezuka tente de jeter ses armées, artifices et véhicules blindés dans une bataille perdue d’avance face à la laideur d’effets spéciaux à peine digne d’une production Asylum. Des samouraïs d’opérette arborant des bannières vertes fluo et armées de fusils d’assaut combattent des militaires des siècles futurs pour décider du sort de l’humanité dans une reconstitution perfectible du passé féodal. La photographie tente bien de restituer le faste d’antan, mais ses filtres sépias et sa mise en scène aussi plate qu’un téléfilm trahissent les limites d’une entreprise déficiente à court de carburant.
Peinant à retrouver la fibre nerveuse et guerrière de son modèle ou à insuffler un vent d’épique à ses séquences d’action, le réalisateur finit par rendre les armes face à des conditions de tournage particulièrement désastreuses : pluie incessante, typhon menaçant de détruire le décor. Le contraste opéré entre son décor de château médiéval et ses colonnes industrielles crachant des volutes de fumée noire ne suffit pas à relever l’intérêt de cette dystopie fade et artificielle. Samurai Commando : Mission 1549 est un ratage dans les grandes largeurs, de ceux qui font l’histoire du 7ème art. Mais son plus grand tort, est celui de n’avoir laissé absolument aucune trace dans l’imaginaire cinéphile contrairement à son glorieux aîné (Les Guerriers de l’Apocalypse).



