[Critique] – Guerre des Gangs


Guerre des Gangs affiche film

Réalisateur : Albert Pyun

Année de Sortie : 2000

Origine : États-Unis / Slovaquie

Genre : Ego Trip Mal Tourné

Durée : 1h20

Le Roy du Bis : 1/10
Thibaud Savignol : 1/10


To Live and Die in the Ghetto


« He Was Born Fat ! »

Guerre des Gangs en est clairement le parent le plus pauvre, le plus dépouillé encore, le plus abstrait malgré lui, au point de frôler une forme de minimalisme involontaire. Pyun semble chercher une stylisation à la Michael Mann, mais n’en conserve que l’usage industriel et des filtres bleutés censés accentuer la froideur morale de ses personnages. Ceux-ci restent pourtant à l’état d’esquisses, simples pions sacrifiés sur l’autel d’une mécanique de prédation aussi sommaire que inefficace.

L’idée de départ n’était pourtant pas dénuée de potentiel. Cette tentative d’unification entre gangs évoque ouvertement Les Guerriers de la Nuit de Walter Hill, mais l’élan retombe presque immédiatement. Non Guerre des Gangs n’est pas un bon film, et ce n’est que le commencement. Les personnages agissent de manière systématiquement irrationnelle, guidés par des pulsions destructrices sabotant toute logique de survie. Plutôt que de fuir un bâtiment pourtant truffé de sorties, ils choisissent l’escalade, l’affrontement frontal, jusqu’à provoquer un embrasement général.

Guerre des Gangs affiche film

La violence devient un réflexe pavlovien, jamais une conséquence dramatique. La promesse d’un affrontement entre Ice-T et Snoop Dogg, laissée en suspens dans le film précédent, se révèle être une pure arnaque marketing. Snoop Dogg apparaît sporadiquement, le temps de quelques poses menaçantes et d’un monologue creux, tandis qu’Ice-T se contente d’une présence fantomatique rendue possible par un montage trompeur. 

« My Nose Big ! »

Guerre des Gangs se réduit à une longue partie de cache-cache dans une usine désaffectée aux couloirs labyrinthiques, dont la topographie devient rapidement illisible. Les affrontements surgissent sans logique spatiale, les ennemis apparaissent et disparaissent comme par magie, et la tension peine à s’installer. Tout le monde s’affronte mutuellement au détour d’un couloir, sans savoir à quels camps chaque combattant peut bien appartenir. Pyun ne parvient jamais à mettre en scène l’action avec un minimum de lisibilité ou d’impact, laissant ses acteurs errer dans un décor austère et mortifère où l’ennui mettra moins longtemps à se manifester que Ice-T à traverser le couloir de la mort au ralenti.

Le cynisme de l’entreprise se cristallise finalement dans ses génériques interminables. Sur à peine 1h20 de métrage, plus de vingt minutes sont consacrées aux écrans titres et à une bande-son omniprésente, martelant inlassablement les mêmes thèmes : vengeance, cupidité, corruption, argent, rénovation urbaine. L’affiche promise n’aura jamais lieu, et les derniers espoirs de spectacle se consumeront dans un final pyrotechnique aussi expéditif que creux.

On évoquera bien des problèmes techniques ou des rushes endommagés pour tenter d’expliquer cet accident industriel, mais l’évidence demeure. Guerre des Gangs achève une trilogie déjà mal engagée et enterre un peu plus la crédibilité d’Albert Pyun qui aura bien du mal à réhabiliter son nom après pareille débâcle. Le crime ne paie pas, dit-on. Ici c’est surtout le 7ème art qui encaisse les coups de barres et en ressort martyrisé par une brutalité sans regard ni mise en scène.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut
Optimized with PageSpeed Ninja