
Réalisateur : Joseph Zito
Année de Sortie : 1985
Origine : États-Unis
Genre : Triomphalisme Reaganien
Durée : 1h47
Le Roy du Bis : 7/10
Tremble Amérique !
« L’Amérique n’est pas prête », nous martèle l’affiche du film, dans une formule qui résonne aujourd’hui avec une ironie presque prophétique, anticipant de près de vingt ans les attentats du 11 septembre 2001. Tremble, Amérique ! Les bolcheviques sont remontés comme des coucous et font feu de tout bois face à un gouvernement vacillant, incapable d’endiguer le chaos.
« Lui, au moins c’est un mec !«
Subversif, drôle, outrancier et résolument bourrin, Invasion U.S.A. incarne probablement la quintessence de l’actionner reaganien produit par The Cannon Group, à une époque bénie où une enveloppe de 12 millions de dollars suffisait à faire exploser des banlieues résidentielles entières en plan-séquence et à ravager les galeries commerciales dans un festival pyrotechnique.
L’intrigue, réduite à peau de chagrin, oppose une armée de terroristes soviétiques à un seul homme. Un seul homme, mais pas n’importe lequel : Chuck Norris. Le postulat confine à la folie furieuse, envoyant une armée envahir le territoire américain, pour semer chaos et désolation au nez et à la barbe du héros véritable Baba Yega de l’ex-URSS, à une époque où ; comble de l’ironie ; le réformateur Mikhaïl Gorbatchev arrivait au pouvoir.
Fort du succès de Portés disparus, qui avait rapporté un joli pactole à la Cannon, le réalisateur Joseph Zito et sa star héritent des pleins pouvoirs ainsi que d’un budget revu à la hausse. Influencé par le succès de L’Aube rouge de John Milius, le projet devient un actionner belliciste, véhicule à la gloire et à la virilité norrissienne. L’acteur incarne un véritable dur à cuire bourru au caractère d’ours mal léché, qui bouffe du caïman au petit déjeuner. Sa barbe hirsute, son look denim, son charme de buffle, et son art de la rhétorique (« Tu commences à me baver sur les rouleaux ») ont largement contribué à forger sa réputation de mâle alpha.

« Saletés de Bolchéviques !«
Norris hante le film comme une entité vengeresse, sillonnant la ville à bord de son pick-up au milieu d’une humanité décadente qui lui crache sa haine au visage en guise de remerciement. Le héros, lui, encaisse, mutique, avant de redistribuer l’ordre et la morale avec une générosité balistique sans limite. Mieux encore, Zito l’iconise et en fait une figure omnisciente et omnipotente, capable de hanter les cauchemars de son adversaire et d’anticiper chaque attentat, des bus scolaires aux églises. Seul contre tous, il triomphe toujours à coups de cascades improbables, de mitraillages et de mandales de bûcheron distribuées à tire-larigot.
Sous couvert de sauver l’Amérique de sa décadence morale, le film développe une vision du monde aussi paranoïaque que caricaturale. Les russes s’attaquent méthodiquement à tous les symboles de la société américaine : Noël, la famille, les centres commerciaux, l’Église. Dans un délire complotiste total, ils fédèrent sous leur bannière un improbable ramassis de criminels et de terroristes de toute ethnie et de toute profession : aryens, fachos, extrémistes du moyen orient, vietcong, coréens, cubains, proxénètes, maquereaux, dealers de drogue, putes, contrebandiers, petite frappes et ordures de tout bord et de toute obédience qui finiront remerciés à coup de 9mm dans les valseuses. Le bolchevique ne recule de rien pour arriver à ses fins.
Telle une déflagration, le fil linéaire s’éparpille en fragment composite à travers des tueries de masse d’une brutalité jubilatoire et purement gratuite. Les forces de l’ordre, comme les enfants en prennent pour leur grade à grand coup de bazooka, de colis piégés, et de shrapnel. Les minorités sont concassées au M-16 puis pulvérisées au lance-grenade. Face à Norris, Richard Lynch (Trancers 2, Puppet Master 3) compose un antagoniste sadique et sournois dont la cruauté culmine dans des accès de violence aussi absurdes que marquants. Il faut le voir défenestrer une droguée par la fenêtre avec perte et fracas…
Invasion U.S.A. doit son efficacité à ce montage sec et à sa manière de sacrifier la narration sur l’autel de la pyrotechnie. Selon la légende, Menahem Golan serait intervenu en post-production pour tailler dans le gras, supprimant tous les dialogues et expositions jugés superflus afin de privilégier les fusillades et les explosions. Le producteur avait du flair, car c’est bien grâce à ces réajustements que le charme opère. Si les amateurs de nanars chérissent le film pour sa VF délicieusement outrancière (« Si tu te pointes encore, tu repars avec la bite dans un Tupperware »), réduire le film à un simple objet de dérision serait passer à côté de ce qui en fait le sel : un western urbain halluciné, tendu comme un arc, profondément ancré dans les névroses de son époque, et porté par une brutalité qui en fait, encore aujourd’hui, un western urbain sacrément burné.



