
Réalisateur : Claudio Fragasso
Année de Sortie : 1990
Origine : Italie
Genre : Maison Hanté
Durée : 1H35
Le Roy du Bis : 6.5/10
Les Linceuls Noirs
Présenté au festival d’Avoriaz lors de sa sortie, tout prédestinait Au-Delà des Ténèbres (Beyond Darkness) à un long chemin de croix. Souvent tourné en dérision, à tort ou à raison, en raison de son association avec Bruno Mattei (Virus Cannibale) notamment pour le célèbre Troll 2, Claudio Fragasso pouvait pourtant faire valoir un véritable travail d’artisan. La preuve avec ce film de maison hantée aux inspirations plus fulciennes que véritablement lovecraftiennes.
Une famille catholique emménage dans une demeure bâtie sur les vestiges d’un ancien bûcher où furent jadis exécutées une vingtaine de sorcières. Il ne faudra évidemment pas attendre bien longtemps avant que les phénomènes surnaturels se manifestent. Le père Peter devra alors s’allier au père George afin de repousser ces suppôts de Satan et ramener son fils des ténèbres. Amateurs de maisons hantées, demandez le programme : ambiance lugubre et oppressante, vaisselle volante, portes qui claquent, possession et spectre vindicatif.
Alors que les deux premiers opus d’Evil Dead furent sobrement rebaptisés La Casa 1 et La Casa 2 en Italie, des producteurs roublards et opportunistes profitèrent de ce nom d’emprunt pour semer la confusion et multiplier les suites apocryphes partageant la même thématique. La Maison du Cauchemar d’Umberto Lenzi prit ainsi le nom de La Casa 3. Démonia de Fabrizio Laurenti devint La Casa 4. Pas le dernier pour spolier et plagier ses contemporains, Claudio Fragasso prit à son tour possession de la maison ayant servi de décor à Frayeurs ; l’Otis House de Fairview, en Louisiane ; avant d’adouber son film du titre providentiel La Casa 5.

Et si la singularité du cinéma de Claudio Fragasso tenait précisément à ses talents hors pair de faussaire ? Dans sa propension à vouloir réapproprier toutes ses influences (Amityville, la maison du diable, L’Exorciste, Poltergeist, Frayeurs, L’Au-Delà, Shining) le réalisateur finit par développer un film doté d’une véritable personnalité, préfigurant de près de vingt ans certains travaux de James Wan. On y retrouve déjà plusieurs motifs chers au cinéaste : une famille unie face à une présence maléfique, une sorcière récalcitrante que l’on ne pourra repousser qu’avec l’aide d’un prêtre, mais surtout deux niveaux de réalité communiquant par une brèche donnant directement sur l’au-delà.
Rien ne manque à l’appel de cet Insidious meets Conjuring plongé dans le Fulci Universe of Darkness, si ce n’est peut-être la maîtrise technique et formelle de son lointain héritier malaisien. Claudio Fragasso tire néanmoins le meilleur parti de son décor et de ses effets spéciaux, baignant le photogramme d’une brume occulte dans laquelle des silhouettes ténébreuses drapées de linceuls tentent de s’insinuer dans le cadre. L’atmosphère sépulcrale qui se dégage de ces séquences oniriques semble suinter les relents de caveaux, nimbée par les synthétiseurs de Carlo Maria Cordio.
Évidemment, le film n’a rien du chef-d’œuvre oublié que certains éditeurs aiment ponctuellement brandir dans leur agenda de sorties pour capitaliser sur quelque vieille pellicule fraîchement remastérisée. Pourtant, et en dépit d’un divertissement qui manque manifestement d’excès gores et sanguinolents, Au-Delà des Ténèbres possède ce petit supplément d’âme qui suffit à faire basculer sa maison hantée dans l’indicible horreur du maître de Providence.



