
Réalisateur : Stuart Gordon
Année de Sortie : 1998
Origine : États-Unis
Genre : Comédie Fantastique
Durée : 1h17
Le Roy du Bis : 6/10
« Suit up ! »
C’est bien connu : les femmes sont toutes des garces vénales à la solde du dieu dollars et des hommes de pouvoir. Il n’y a pas de secret dans la vie, et il sera toujours plus difficile pour un col bleu de séduire que pour un col blanc de tirer son coup. Et puis un latino déboulant de son ghetto aura tout de même l’air plus réglo tiré à 4 épingles qu’en survet’ Adidas.
So long, Adieu le rêve Disneyen !
Une décennie après avoir signé le scénario de Chérie J’ai rétréci les gosses, Stuart Gordon a enfin l’occasion de réaliser un film pour la firme aux grandes oreilles. À l’origine destiné à la vidéo, The Wonderful Ice Cream Suit est l’adaptation d’une pièce de théâtre écrite par Ray Bradbury. Mais en raison d’un imbroglio contractuel impliquant de devoir payer tous les acteurs et l’équipe technique une seconde fois, ce téléfilm ne bénéficiera jamais d’une sortie salles et demeurera inédit dans nos contrées.
Cette comédie fantastique à destination du grand public constitue un drôle représente un virage assez surprenant dans la carrière de Stuart Gordon, dont la filmographie était jusque là plutôt tournée vers le cinéma d’horreur et la science-fiction. Le réalisateur en garde d’ailleurs son meilleur souvenir de tournage et de loin malgré des échanges houleux avec la maison mère de Disney en amont de cette production.
Malgré un budget réduit à peau de chagrin, The Wonderful Ice Cream Suit brille de 1000 éclats grâce à la mise en scène soignée du cinéaste, remportant le prix du meilleur réalisateur au pas vraiment prestigieux Fantafestival de Rome. L’histoire réunit cinq loosers invétérés des bas quartiers, réunissant leurs maigres économies pour se tailler un costard d’un blanc étincelant qu’ils porteront chacun leur tour. Mais le costume dispose également de propriétés magiques, permettant de réaliser les rêves de celui qui le porte, ou du moins de lui offrir l’assurance nécessaire pour l’aider à les concrétiser.

La Classe à Dallas
Si un tel postulat aurait pu donner quelques velléités subversives et amorales, le réalisateur se contentera d’assurer son office avec entrain malgré les stéréotypes inhérents à cette représentation idyllique des quartiers de la Grande Pomme. Le blanc représente la couleur de la sagesse, de la royauté, la même que Michael Jackson portait sur la couverture de Thriller avant qu’il ne devienne lui-même un blanc de bonne famille, et puis surtout c’est la classe à Dallas.
Chacun tentera donc de se départager la paternité du costume avant de réaliser que l’entre-aide sera bien meilleure conseillère lorsqu’il faudra protéger leur étoffe des tâches de gras et des éclaboussures de vin. Chacun vivra son épiphanie le temps d’une heure éphémère : Gomez sera frappé d’une illumination divine, un autre suscitera l’admiration tandis que les autres iront courir les filles, jouer les toréadors et les beaux parleurs, ou bien écumer les bars au risque de saloper le costard et d’annihiler l’équilibre précaire du groupe d’amis.
Il faut bien reconnaître que les acteurs s’en donnent à cœur joie quitte à partir en roue libre totale. Joe Mantegna (La Peau sur les Os, Le Parrain 3) campe le rôle d’un célibataire extravagant et maniéré, tandis que Edward James Olmos (Blade Runner) joue celui d’un clodo qui refoule du bec et sent plus mauvais qu’une poubelle. Esai Morales (Mission Impossible The Final Reckoning) s’amuse à pousser la chansonnette, Gregory Sierra (Vampires, La Tour Infernale) s’improvise grand orateur, et Clifton Collins Jr (Fortress) joue les séducteurs de pacotille avec une aveugle.
Le film comporte quelques séquences rigolotes et entraînantes, en particulier celle où Dominguez se mettra à emballer toutes les filles en jouant les mariachis dans un flash mob dansant plutôt bien chorégraphié. En dépit de quelques moments plus embarrassants inhérents au cabotinage des acteurs et de quelques situations capillotractées, The Wonderful… finira par emporter l’adhésion du public grâce à son feel good communicatif et sa chouette morale en filigrane. Alors si vous n’avez pas les moyens de vous payer une Ferrari, sachez au moins mettre toute les chances de votre côté et comme direz ce cher Barney Stinson : «Suit UP !»



