
Réalisateur : Olaf Ittenbach
Année de Sortie : 1997
Origine : Allemagne
Genre : Splatter Underground
Durée : 1h50
Le Roy du Bis : 8/10
Thibaud Savignol : 7/10
Disponible à la Vente chez Uncut Movies
Reign in Blood
Des ruines d’une funeste bataille, des cadavres entassés jonchent le sol et forment des monticules. Les derniers survivants se finissent à coup de glaive tandis que résonnent dans les ténèbres des cris d’agonie. De cet enfer naquit Premutos, l’ange des ténèbres déchu des cieux, dont le sinistre dessein est de semer la mort et la destruction à la tête d’une armée de morts qu’il a le pouvoir de ressusciter.
L’Ange de la Mort
Enfer et damnation éternelle, dès son introduction le ton du film est donné. Olaf Ittenbach effectue une transition avec son œuvre précédente en commençant là où The Burning Moon s’achevait. Malgré ses démêlés judiciaires, le réalisateur reste égal à lui-même et ne compte pas changer son fusil d’épaule, bien au contraire. Nanti d’un budget de 100 000 euros, ce qui reste peu au vu du nombre conséquent d’effets spéciaux, Premutos est l’un des films les plus gores de tous les temps.
Ce tournage amateur échelonné sur une durée de 3 ans aura permis au cinéaste d’achever son apprentissage et de synthétiser ses thèmes de prédilection : les mises à mort gores et graphiques, l’onirisme Fulcien, et une prédisposition pour l’Enfer qu’il reproduira de nombreuses fois tout au long de sa carrière. Comme souvent, le scénario n’est que prétexte à justifier un déluge d’hémoglobine à l’écran. L’intrigue se limite à la découverte d’un grimoire maudit, permettant de ressusciter les morts, et au Premutos de se réincarner dans le corps d’un nouvel avatar. Celui-ci n’est autre que le réalisateur lui-même, véritable chef d’orchestre derrière cette apocalypse entre quatre murs.

Comme toujours, Ittenbach fait corps avec son rôle et va jusqu’à s’inspirer du célèbre Dominique Casagrande pour jouer la passoire dans des buts qui ne resteront pas bien longtemps inviolés. Mais le cinéaste va encore plus loin et n’hésite pas à donner de sa personne en prenant un ballon suivi d’un gros coup de crampon non réglementaire dans les bijoux de famille. Une série de blessures qui vont lui faire voir 36 chandelles et quelques visions sous forme de flash-back illustrant le mal ancestral à travers différents âges, de l’Antiquité au Moyen-âge, et du 20ème siècle jusqu’à nos jours.
Requiem pour un Massacre
Le cinéaste tente ainsi d’insuffler un souffle épique et romanesque à cette petite production en nous offrant plusieurs reconstitutions d’époque certes un peu kitch, mais dont la démarche impressionne pour un film amateur de cette ampleur. On pense notamment au massacre des habitants d’Ingolstadt ou bien à la sorcière cramée et au lynchage en règle des villageois, ou encore cette bataille entre russes et allemands dans une forêt bavaroise censée refléter le front de l’Orient près de Stalingrad en pleine Seconde Guerre mondiale. Marqué par les excès gores de Mel Gibson sur Braveheart, Ittenbach rejoue également la bataille de Stirling avec infiniment moins de figurants, de moyens ou de talent, il faut bien le confesser.
Certaines compositions font évidemment plus illusion que d’autres, le réalisateur allant jusqu’à réinterpréter la crucifixion et la transfiguration du Christ en Premutos. Comparer le sauveur à l’antéchrist, il fallait oser… Il y a du Verhoeven en Olaf Ittenbach. En creusant l’analyse, nous pourrions arguer que Premutos Der Gefallene Engel s’insinue comme la résurgence du passé traumatique et violent de l’Allemagne. Mais en vérité, Olaf Ittenbach cherche moins à sonder les tragédies oubliées de l’Histoire, qu’à orchestrer un joyeux carnage dans une ambiance fun et décomplexée.

En effet, le réalisateur abandonne la gravité de ton de ses deux précédents essais pour marcher sur les traces de Peter Jackson (Bad Taste, Braindead), cédant au comique burlesque et au grand guignol madness. Le film comporte donc son lot de beauferie assumée et de personnages ultra stéréotypés, toujours appréciable dans le genre : la sœur affublée d’une combinaison de cuir sadomasochiste, la vieille harpie de mégère hystérique souffrant d’une vilaine logorrhée, ou le patriarche militariste et fétichiste des armes à feu.
Ad Mortis Aeternam
Les gags font également mouche, notamment celui où le mari soumis se décrotte le nez, s’en roule une et la lance dans la bouche de sa femme pour lui faire fermer son clapet, une séquence inspirée du Eye Popping & Swallowing d’Evil Dead II. Nous pourrions également citer Street Trash au détour d’une séquence où un mendiant se met à boire une fiole d’alcool frelaté avant de mourir d’une implosion cérébrale. Premutos étant comme ses deux précédents long-métrages un film hautement référentiel empruntant divers influences pour tracer sa propre voie en tranchant directement dans le lard.
Cette avalanche de vulgarité trash et de blague potache (le black qui gerbe sur la bourgeoise, le prêtre qui se soulage dans le confessionnal), aboutira alors à une invasion zombie ciblant la sacro-sainte famille. Chaque membre devra ainsi tenter de coopérer pour survivre aux nombreuses vagues envahissant la maison. Moins graphiques que les meurtres crapuleux de The Burning Moon, les mises à mort s’enchaînent, libérant des flots d’hémoglobine. Paradoxalement, ce n’est pas le nombre qui compte, mais bien l’art et la manière de les exécuter. Ittenbach a néanmoins préféré miser sur la quantité pour atteindre un nouveau record avec 139 morts à l’écran. Rien que ça.
Rien ne viendra cependant ternir les réjouissances d’une fête d’anniversaire sanglante animée de nombreux débordements goregasmiques. Des exécutions stylisées à coup d’espadon dans la gueule, de trépanation par balle et de bastos dans le buffet, jusqu’au grand déchaînement final troquant la tondeuse à lame de Braindead pour un véritable tank de combat explosant les têtes et réduisant les corps en charpie. L’heure de la consécration a donc enfin sonné pour le cinéaste, qui est finalement parvenu à ancrer définitivement le splatter underground allemand dans le patrimoine culturel de son pays.



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