
Réalisateur : John McTiernan
Année de Sortie : 1988
Origine : États-Unis
Genre : Noël Explosif
Durée : 2h11
Le Roy du Bis : 9/10
Thibaud Savignol : 8/10
Du Sang, de la Sueur, et des Armes
Il existe mille façons de saboter un réveillon : parler politique avec son père, se quereller avec son entourage pour des histoires d’héritage, ou bien se mêler à une prise d’otagse en jouant les cow-boy de bas-étage. John McClane, lui, coche la troisième case. Policier du NYPD largué par sa femme et parachuté à Los Angeles, il espérait juste sauver ce qu’il restait de son couple. Mauvaise pioche, puisqu’à peine arrivé au Nakatomi Plaza, il découvre que Holly a repris son nom de jeune fille pour mieux l’écarter de sa vie. Une fois encore, la frustration et l’agacement dominent les débats. Pas le temps de s’apitoyer car Hans Gruber et sa bande de malfaiteurs entrent en scène, et la soirée tourne instantanément au cauchemar corporate. Et avec une cote de douze contre un, les chances de survie semblent aller de mal en pis à mesure que les terroristes quadrillent le bâtiment à sa recherche.
« Yippie-Ki-Yay ! »
Yippie-Ki-Yay ! Cette année encore, Noël se fera dans le sang, la sueur et les armes avec la traditionnelle rediffusion de Die Hard à la télévision. Mais qu’est-ce qui fait que l’on aime tellement cet actionner de John McTiernan ? Là où les films d’action s’étalaient sur des territoires entiers, Piège de Cristal fait exactement l’inverse : il resserre l’action dans une tour de verre et d’acier, implacable monolithe de 40 étages. Le Nakatomi Plaza, c’est plus qu’un décor, c’est un labyrinthe vertical de gaines techniques, de couloirs labyrinthiques et de bureaux transformés en zones de guerre.
John McTiernan utilise l’espace comme un maître d’échecs, chaque étage est une arène, chaque cage d’ascenseur un piège mortel, et chaque conduite d’aération un tombeau potentiel. Cette ingéniosité spatiale coupe court à toute routine. Au cinéma d’action boursouflé des années Reagan, McTiernan oppose le pur cinéma du mouvement, presque chorégraphié, où le héros doit sans cesse grimper, se cacher, se faufiler, et composer avec la verticalité oppressante d’un immeuble devenu machine infernale.

Dans Die Hard, le western ne disparaît pas complètement, il change seulement d’altitude. McClane traverse le Nakatomi Plaza comme un cow-boy largué au milieu des gratte-ciels, obstiné, râleur, improvisant sa survie à chaque étage. Gruber, lui, règne sur la tour avec l’assurance d’un shérif du capitalisme mondialisé, précis, élégant, et méthodique. Ce face-à-face transforme leur confrontation en véritable légende moderne, un duel mythique réécrit à coups d’artifices et d’effets pyrotechniques.
Bruce Tout-Puissant
Si Bruce Willis s’était fait connaître en jouant les détectives privés charmeurs aux côtés de Cybill Shepherd dans Clair de Lune, Piège de Cristal l’arrache brutalement à ce registre télévisuel pour l’installer dans une toute autre dimension. Miser sur un acteur au physique de monsieur-tout-le-monde, loin de la carrure inébranlable des valeurs sûres que représentaient alors Stallone et Schwarzenegger, relevait presque du suicide commercial.
Et pourtant, ce choix colle parfaitement au personnage. McClane avance comme un funambule sur un étroit filin, constamment au bord de la rupture. Willis incarne un homme solitaire frustré, qui doute et qui souffre. Sa fragilité apparente, son caractère acariâtre et ses rhétoriques grinçantes en font un loser magnifique auquel le public peut facilement s’identifier.
Avec son esprit frondeur, John McTiernan dynamite également à coups de sarcasme les institutions censées gérer et résoudre la crise : le FBI se limite à une paire de cow-boys shootés à l’adrénaline et les médias affichent leur opportunisme préférant filmer des enfants en pleurs pour augmenter leur audience. Harry (Hart Bochner) incarne une bureaucratie stupide, sournoise et cupide, inadaptée aux négociations diplomatiques. Même la police locale, incarnée par le touchant Al Powell, n’est qu’un rouage dépassé dans une mécanique qui le dépasse. Le réalisateur fait ainsi feu de tout bois, mais toujours avec justesse et second degré.
À travers sa mise en scène chirurgicale, son humour pince-sans-rire, ses explosions cathartiques et un méchant devenu légendaire, Piège de Cristal n’a rien perdu de sa puissance. Tel un phare se dressant fièrement dans le paysage hollywoodien, le film se positionne comme un modèle de prédilection pour de nombreux apôtres qui reprendront les mêmes idées conceptuelles de huis-clos sous haute tension.
Et pour Bruce Willis, qui n’en attendait rien, c’était le début d’une carrière qui n’allait plus jamais connaître le calme. Des sueurs froides dans les cages d’ascenseur, aux gunfights nerveux et débris de verres lui lacérant la plante des pieds, l’acteur passera assurément un sale réveillon. Mais vu les retombées critiques et financières qui suivront, on ne va pas le plaindre, il y a pire façon de finir l’année.



