
Réalisateurs : Timo Tjahjanto, Simon Barrett, Steven Kostanski, Chloé Okuno, Ryan Prows, Jennifer Reeder,
Année de Sortie : 2021
Origine : États-Unis
Genre : Compilation Sketchs Found Footage
Durée : 1h40
Le Roy du Bis : 7,5/10
Thibaud Savignol : 6/10
Le Culte de la K7
Nous avions fini par enterrer la franchise dans un coin de notre mémoire. V/H/S Viral témoignait de l’état d’un genre alors en pleine déconfiture. V/H/S/94 revient de loin grâce à la nouvelle vague du Found footage, faisant désormais le bonheur des plates-formes de VOD spécialisées dans l’horreur (Shadowz, Shudder). Ses prédécesseurs souffraient d’un réel manque d’homogénéité. Ce syndrome de déficience auto-immune est commun à toutes les anthologies quelle que soit leur catégorie.
Retour aux sources gagnant
En cause une démarche anthropophage, puisque le concept même de film à sketchs tend à pousser à la compétition ses réalisateurs, qui pour certains souffriront forcément de la comparaison. Et si les promesses de campagne marketing n’engagent que ceux qui y croient, V/H/S/2 était néanmoins parvenu à en tenir une bonne moitié. Ne manquait plus qu’une nouvelle itération, qui avec le recul inhérent à cet épiphénomène reviendrait plus fort ou du moins plus équilibré. Enfin ! Serions-nous donc tentés de dire.
Le scénario est écrit par David Bruckner, à qui l’on devait le meilleur segment de V/H/S premier du nom. Une garantie si l’en est, appuyée par la présence de Simon Barret en vétéran ainsi que Timo Tjahjanto, co-responsable du meilleur segment de toute cette saga. Un héritage qu’ils partageront cette fois avec des petits nouveaux désireux de se faire un nom : Ryan Prows (Lowlife), Chloe Okuno (Watcher) ainsi que Jennier Reeder (Knives and Skin).
Les aficionados ne seront pas surpris de retrouver les défauts caractéristiques de la bande magnétique. V/H/S 94 constitue en effet une forme d’hommage appuyé aux années 90, coïncidant avec la mise à disposition des premiers caméscopes numériques sur le marché grand public. Chaque histoire véhicule donc des thématiques en accord avec les préoccupations et films de cette même décennie. On ne change cependant pas de recette.

Gage de qualité, la trame principale est un peu moins superficielle que par le passé. Une équipe du S.W.A.T. doivent infiltrer une maison délabrée remplie de monticules de cassettes, de cadavres mutilés et de piles de télévisions entassées les unes sur les autres. Leur but consiste à démanteler un réseau criminel vouant un culte aux K7 et vidéos pirates que l’on retrouve sur les sites interpasnet. Chaque film visionné rend donc son spectateur un peu plus accroc pour ne pas dire carrément lobotomisé. Une manière d’introduire les différents segments avec une mécanique de prédation déjà moins ennuyeuse que par le passé.
Horreur protéiforme
Storm Drain ouvre le bal avec un reportage sensationnaliste. Des journalistes souhaitent lever le voile autour d’un collecteur d’eaux pluviales, sujet d’une légende urbaine locale. Chloé Okuno profite de son sujet pour dresser un portrait cynique des médias, prêts à tout pour générer un authentique buzz médiatique. Ces pseudo-reporters arrivistes vont alors tomber sur le scoop du siècle dernier, même s’ils ne resteront pas vivants assez longtemps pour pouvoir en témoigner.
Ces égouts sont fréquentés par des zoophiles vénérant une créature née d’une union contre nature entre l’homme et le rat. Cette exploration souterraine constitue une sympathique descente aux enfers, partagée entre la peur du noir et des espaces confinés, avant de culminer par la découverte d’une abomination lovecraftienne. Après une rapide coupure publicitaire ventant les qualités nutritives d’une dameuse à légume, le film change d’ambiance avec une éprouvante veillée funèbre. Simon Barret en profite pour réaliser l’un de nos pires cauchemars, celui de voir le corps accidenté d’un défunt se réveiller de son cercueil.

Empty Wake emploi habilement les ressorts éculés du cinéma d’horreur pour faire monter la tension : un environnement sinistre et inquiétant, des bruits inextricables, des coupures d’électricité provoquées par une violente tempête à l’extérieur, avant que la jeune employée ne se retrouve confrontée à des événements surnaturels qui vont faire vaciller ses derniers fils de rationalité. Tout ne vise évidemment qu’à renforcer l’angoisse de la situation basculant dans l’effroi lorsque le cadavre va se réveiller et se mettre à la rechercher dans une partie de cache-cache terrifiante.
The Subject constitue le plat de résistance de cette anthologie. L’intrigue est une variation cyberpunk du mythe de Frankenstein. Le point de vue est celui d’une victime charcutée sur une table d’opération, subissant les délires d’un savant fou cherchant à créer une armée de cyborgs. L’armée va intervenir et se retrouver confronter à ces monstres de chair et d’acier. Timo Tjahjanto profite de ce nouvel exercice pour orchestrer un carnage aussi récréatif que sanglant (corps criblés de balles, démembrements et explosions volatiles) dans un carnage récréatif et sanglant.
Le dernier chapitre dispensable bien que divertissant tente de filer la parfaite métaphore politique avec son apocalypse vampirique. Terror fait la chronique d’un groupe de suprématistes blancs cherchant à utiliser un otage pour renverser le gouvernement. Fatalement, leur arme secrète finira par se retourner contre eux. S’il ne révolutionne pas son approche et encore moins ses outils de mise en scène, V/H/S/ 94 réanime une saga qui était à l’état de mort clinique. Le Found footage a encore de beaux restes.



