
Réalisateur : Zachary Donohue
Année de Sortie : 2013
Origine : États-Unis
Genre : Thriller 2.0
Durée : 1h21
Le Roy du Bis : 6,5/10
Thibaud Savignol : 5/10
Les Rencontres Interpasnet
On ne lâche pas une poule aux œufs d’or si facilement. Le Found footage se décline désormais sous tous les genres, étant le principal pourvoyeur du cinéma d’horreur souvent ciblé par les débutants. C’est assez logique finalement puisque la peur, comme le rire, est une émotion qui se prête parfaitement à la captation sur le vif, tel un cruel bêtisier. Et puis il n’y a rien de plus effrayant que de filmer un couloir obscur ou une forêt ténébreuse plongée dans un silence de mort et d’y glisser un jump-scare.
Afin de se renouveler efficacement dans l’exercice du Found footage, plusieurs cinéastes ont choisi d’opter pour de nouveaux supports d’enregistrement (caméscope, 16mm, dashcam, caméra de sécurité, téléphone portable etc.). Plus original, l’interface d’un ordinateur fût utilisée dans le cadre d’un film d’horreur tourné exclusivement sur une fenêtre informatique (Unfriended). Si Levan Gabriadze fut bien l’instigateur du screenlife, l’anthologie V/H/S proposait déjà un sketch enregistré sur l’interface d’un ordinateur. Réalisé en 2007, Megan is Missing abondait également de séquences enregistrées sur webcam et service de messagerie instantanée. Quant à The Den, Zachary Donohue en faisait carrément le sujet d’un thriller haletant sur un tchat de discussion en ligne.

Bien que chaotique, ce format de mise en scène permet d’accroître la promiscuité en nous plaçant au cœur de la sphère intime et privée d’une étudiante, cherchant à faire une thèse sociologique sur ces phénomènes de tchat en ligne. Cette forme particulièrement ludique rythme le récit à mesure des interactions de son utilisatrice. La simple apparition d’une photo (catfish), ou bien d’une notification sonore aura l’effet d’un catalyseur émotionnel. Car entre les blagues d’ados (jump-scare rigolo), les dicks pics, les jéroboams annales et différentes rencontres interpasnet, Elizabeth finira accidentellement par atterrir sur un salon privé destiné à de riches contributeurs. Après avoir été témoin d’un assassinat, l’étudiante se retrouve alors pistée par une mystérieuse organisation criminelle.
L’intrigue s’inspire d’un véritable fait divers. En 2010, la vidéo d’un meurtre diffusé sur Chatroulette avait suscité un bad buzz médiatique ainsi qu’une vague d’indignation en ligne. En réalité, il s’agissait d’un véhicule promotionnel destiné à une nouvelle chaîne TV espagnole. Zachary Donohue fait de cet épisode anecdotique le moteur d’une traque en ligne en même temps qu’un sujet de fantasme. En effet, l’intrigue tend à remettre en perspective la légende urbaine des « snuff movies » pullulant sur le darknet et certains sites vidéo peu recommandables (Rotten, Goresee…). The Den met donc en exergue le voyeurisme du public pour ce type de contenu illicite, tout en faisant la lumière sur les dangers de l’internet (usurpation d’identité, cyber-harcèlement) habituellement occultés par une large frange du public cachés derrière l’anonymat et la sécrétine d’une adresse IP.
Par souci pratique, le cinéaste abandonne progressivement son format fenêtré pour une réalisation en caméra porté, trahissant par la même occasion la diégèse induite par le dispositif de mise en scène. Mais l’intérêt du film réside moins dans son support d’enregistrement et de diffusion que dans la description qu’il fait de ces tchat en ligne fréquenté par une faune d’autochtone aussi amusante (charo, quarantenaires désespérés, troll) que malveillante (sociopathes en puissance, pervers exhibitionnistes).



