
Réalisateur : James Cameron
Année de Sortie : 1991 – 2017
Origine : États-Unis
Genre : Robot Tueur
Durée : 2h17
Le Roy du Bis : 9/10
Thibaud Savignol : 9/10
Des Flammes à la Lumière
«Et si le meilleur film de l’année 2017 datait de 1991 ?» titrait Mad Movies lors de la ressortie de Terminator 2 : Le Jugement Dernier au cinéma. Les mauvaises langues diront que la stéréoscopie n’est qu’un gadget futile et opportuniste destiné à nous faire cracher au bassinet. Pourtant cette restauration 4K convertie en 3D ne fait que mettre en lumière une vérité : ce film vient décidément d’un autre temps. Retour en 91 donc, à une époque où les Gun’s N’ Roses étaient encore populaires et où le jeune Edward Furlong n’avait pas encore abordé sa propre descente aux enfers.
Le Géant de Fer
Ce projet de conversion en 3D stéréoscopique ne date pas d’hier. En 1996, Universal Studios investit la bagatelle de 60 millions d’euros afin que James Cameron réalise un court métrage destiné à leur parc d’attractions (T2 3D : Battle Across Time). Tout le paradoxe de son cinéma réside dans ce projet faramineux : celui de pointer du doigt cette humanité qui, à force d’ambitions démesurées, concourt à sa propre extinction. Dans son sillage, le cinéaste provoque moult catastrophes industrielles (Aliens, Titanic), des cataclysmes écologiques (Avatar, Abyss), et conflits nucléaires (Terminator), et ce à grand renfort de millions (102 exactement), ce qui faisait de cette actionner boursouflé le blockbuster le plus chère de l’Histoire du cinéma à l’époque.
L’introduction sonde la perspective d’une vision infernale permettant de saisir l’ampleur du relief : Un jardin d’enfants se retrouve consumé par le souffle d’une explosion nucléaire. Des charniers de corps disloqués et des crânes humains s’entassent sous les chenilles des chars d’assaut, tandis qu’un T-800 jaillit finalement du brasier fixant le public qui n’aura probablement jamais vu l’apocalypse d’aussi près. Loin de l’esbroufe visuelle, la 3D agit en véritable catalyseur émotionnel, consumant l’art de Cameron au plus haut degré de sophistication pour atteindre une forme de clarté ultime transcendant l’œuvre d’origine.

L’histoire fait donc suite au film original et à cette boucle temporelle retorse qui n’en finit plus de nous surprendre par ses paradoxes générant plus de complications qu’ils n’amènent de résolution. Qu’importe enfin de compte, tant que le réalisateur nous abreuve de séquences d’action et de courses poursuites survitaminées. En emboîtant ses multiples confrontations qui feraient figure de seul et unique climax chez la concurrence, James Cameron va pilonner le spectateur au marteau piqueur et accoucher d’un véritable choc des titans emportant tout tel un 40 tonnes lancé dans une folle embardée. Pris dans l’enrubanné de cet actionner véloce, l’impact émotionnel n’en est que plus fort grâce à la charge affective portée par son trio d’interprètes et à l’intimisme suscité par cette version 3D.
La Fin d’un Monde
Avant même de briguer une carrière en politique, Arnold Schwarzenegger savait déjà bien retourner sa veste. Celui qui qualifiait autrefois le film de merde, s’était finalement ravisé face aux retombées financières et critiques du projet. Mais comment surprendre une nouvelle fois le public qui s’attendait encore à le voir traquer Sarah Connor ? C’est bien simple, en effectuant un véritable tour de transfuge.
Cette fois ce n’est pas un mais bien deux Terminators qui seront envoyés dans le passé, l’un pour protéger John Connor, l’autre pour l’assassiner. C’est sur cette lutte acharnée que reposera une fois encore le destin de toute l’humanité. Schwarzy incarnera le gentil, tandis que le danger viendra d’un tueur policier. L’uniforme censé insuffler respect et sécurité n’inspirait alors plus que de la crainte aux yeux des américains, qui avaient encore à l’esprit les violentes émeutes des mois précédents (le lynchage de Rodney King). Ainsi, le film fait véritablement office de cas d’école dans ce retournement des valeurs.

Ce twist scénaristique permet au réalisateur d’élaborer une relation filiale se nouant au cœur d’une traque implacable. Le délinquant en pleine crise d’ado devra faire équipe avec ce géant de fer au ciré de cuir et à la gâchette facile. Les réactions en décalage avec l’action et répliques iconiques («hasta la vista baby», « I’ll be back»), tendent à iconiser le comédien autrichien. La machine va alors peu à peu s’humaniser à mesure de ces rapports et révéler un supplément d’humanité.
À l’inverse, le portrait de Sarah Connor s’assombrit. L’actrice ayant dû endurer un véritable entraînement militaire affiche les tous les dérèglements traumatiques d’une femme tiraillée par sa détresse affective, sa paranoïa, et son instinct survivaliste préfigurant les dérives complotistes d’une frange radicalisée fantasmant sur le renversement de l’Occident. Le réalisateur manie le feu et la glace (jusque dans ses compositions alternant entre le rouge et le bleu), en humanisant l’un au détriment de l’autre. Le paternalisme et la bienveillance du T-800 agiront donc en contrepoids de la furie vengeresse et émotionnelle de Linda Hamilton pour former le noyau d’un yin-yang incandescent.
L’autre relation fusionnelle du film est à mettre aux crédits des effets spéciaux. James Cameron se fait le chantre de la déshumanisation à venir du médium, opposant effets pratiques et effets numériques d’ILM (le fameux morphing permettant au T-1000 de se fondre dans l’environnement et de dupliquer ses victimes). Plus encore, le cinéaste réalise un véritable numéro d’équilibriste, baignant le film de tonalités métalliques et bleutées matérialisant les contours d’une société corporatiste à la solde de la technologie, qu’il oppose aux couleurs chaudes et contrastées des artifices et volutes de flammes jaillissant du cadre. Cette restauration permet ainsi de mieux mettre en perspective le caractère visionnaire de Terminator 2, le film matriciel d’un genre s’étant peu à peu liquéfié dans le grand bain des CGI d’une chaîne de production standardisée.


