
Réalisateur : Jonathan Mostow
Année de Sortie : 2003
Origine : États-Unis / Allemagne / Royaume-Uni
Genre : Robot Tueur
Durée : 1h49
Le Roy du Bis : 6,5/10
Thibaud Savignol : 6/10
TWD-40
Nous pensions le problème définitivement réglé, mais les producteurs ont la main verte. Comment faire pousser une oasis au beau milieu d’un désert de cendres ? À cette question Hollywood répond à grand renfort d’engrais pyrotechniques. Quand la pousse arrive à maturité, il est alors le temps d’en récolter les lauriers puis d’automatiser la ligne de production quitte à assécher le concept jusqu’au bout. James Cameron préféra lâcher la barre à Jonathan Mostow pour aller filmer les grands fonds plutôt que de participer à ce nouveau cycle de destruction.
Du Plomb dans la Carcasse
David Fincher, Ridley Scott, et John McTiernan n’en ont pas voulu, ce qui ne présageait alors rien de bon. Deux ans après les attentats du World Trade Center le sujet s’y prêtait pourtant, assurément plus qu’il y a 10 ans, et ce malgré un long development hell. Schwarzy avait beau ne plus être dans le coup, il avait tout de même promis qu’il reviendrait (“I’ll be Back”) pour remettre le couvert une dernière fois dans le rôle du Terminator, avant de se consacrer pleinement à sa fonction de Governator. Et c’est par une habile pirouette scénaristique à base de boucle temporelle que cette conclusion (provisoire) nous projette dans une lutte acharnée entre le T-X, un décalque féminin du T-1000, et son homologue masculin le T-850, un modèle rendu obsolète par une bonne décennie de CGI.
Faute d’un John Connor pris en étau entre deux robots, et bien trop peu charismatique pour reprendre le flambeau, Jonathan Mostow va donc se résoudre à livrer ce qu’il sait faire de mieux (Breakdown Point de Rupture), soit un thriller routier au tarif d’une série B de luxe (175 millions). Son Terminator à lui semble désormais trop vieux pour ces conneries, mais qu’importe tant que les coups atteignent leur portée avec perte et fracas. La débauche d’artifices mise en place suffit encore à faire illusion mais le moteur tourne à vide.

Terminator 3 Le Soulèvement des Machines est un peu le prototype hybride du cinéma d’action orienté entre deux méthodes de conception. Celle plus risquée mais impactante, qui permet de ravager l’intégralité d’un quartier de L.A. avec une grue simplement pour le plaisir de voir des cabrioles de bagnole et des bâtiments réduit en un tas de gravats fumants. Et l’autre plus subtile, qui nécessite l’apport des outils numériques afin de gommer certains défauts visuels ou d’insuffler une bonne dose de gigantisme comme une déflagration nucléaire.
Une Mécanique Grippée
Si on écarte néanmoins son mimétisme rejouant certaines des séquences les plus emblématiques de son prédécesseur (le stripclub, les empoignades musclées dans les chiottes, les courses poursuites, le sacrifice tire-larmes…), cette séquelle s’apparente en tout point à une entreprise de destruction de son modèle (Terminator 2 Le Jugement Dernier) à un degré de sophistication moins poussé. Cette obsolescence programmée est à peine compensée par quelques traits d’humour parodiques et une débauche de testostérone renvoyant la femme à une place plus archaïque, c’est à dire à l’arrière dans le coffre, voire carrément dans le décor.
Personne ne se souvient encore de Kate Brewster qui avait la lourde tâche de succéder à Sarah Connor. Quant à Kristanna Loken, c’est tout juste si elle ne devrait pas s’excuser de voler la vedette au tout puissant patriarche (Arnold Schwarzenegger) qui tente encore et toujours de résister au progrès(sisme). De guerre las, le spectateur devra supporter les complaintes de cette acolyte féminine liant le futur chef de la résistance à son destin. Le ton est donc bien plus pessimiste que chez Cameron, qui avançait l’idée qu’il n’y avait pas de fatalité. Pour Mostow, les jeux sont faits. La partie était même déjà jouée d’avance. Il savait qu’il ne pourrait pas remporter ce bras de fer face à un tel mastodonte, et que le public ne manquerait pas de les comparer.
Terminator n’est donc plus cette mécanique en acier inoxydable produite par l’un des meilleurs artisans que l’industrie ait formée, mais bien un alliage de métal grippé. Pourtant et à l’instar de sa star vieillissante, celle-ci résiste encore à l’épreuve du temps grâce à des money-shot très spectaculaires. Du moins tant que la machine ne se met pas à patiner sur une flaque de WD-40 : la séquence où le T-850 tente de réfréner ses instincts meurtriers est assez risible sur le plan dramatique.



