
Réalisateur : Robert Harmon
Année de Sortie : 1986
Origine : États-Unis
Genre : Serial Auto-stoppeur
Durée : 1h37
Le Roy du Bis : 8/10
Thibaud Savignol : 7/10
Sortie sur la Plateforme Shadowz le 23 Janvier 2026
Serial Auto-Stoppeur
La route et le désert constituent depuis toujours des sources d’inspiration inépuisables, malgré le caractère austère et monotone de leurs environnements. Ils incarnent une forme d’ultime frontière, une zone de non-droit, à la lisière de la civilisation, où les règles semblent se dissoudre avec l’asphalte. Le road-movie s’est ainsi imposé comme un genre à part entière, constamment renouvelé, sans doute parce qu’il demeure l’un des derniers piliers du rêve américain et de la liberté. Ce n’est pas un hasard si des cinéastes comme Terrence Malick, George Miller ou Steven Spielberg ont fait leurs premières armes dans ce circuit.
On the Road Again
La route promet l’évasion, l’aventure, le mythe d’un voyage où le trajet importe plus que la destination. Elle évoque des paysages brûlés par le soleil, un riff de guitare endiablé que l’on écoute cheveux aux vents (Freebird de Lynyrd Skynyrd), et l’illusion d’un espace infini où tout semble possible. Mais cette promesse de liberté peut aussi être source de conflits, d’embouteillages, d’accidents, et parfois de règlements de compte qui transforment le rêve en cauchemar. C’est précisément cette ambivalence que Hitcher exploite avec une cruauté clinique.
Jim Halsey, jeune conducteur pressé, lutte contre le sommeil au volant. Refusant de s’arrêter dans un motel miteux, il accumule les stratagèmes pour rester éveillé jusqu’à frôler la catastrophe. Dans une nuit battue par la pluie, la silhouette d’un auto-stoppeur apparaît alors comme une solution providentielle. Très vite, la véritable nature du passager se révèle. Taciturne, menaçant, John Ryder se vante d’avoir assassiné la dernière âme charitable qui lui a porté secours. Jim réagit instinctivement et le débarque d’un coup de volant, persuadé de s’être débarrassé du danger.
Mais Ryder ne disparaît jamais vraiment. Il réapparaît régulièrement sur la route, comme une entité omniprésente, pour harceler sa victime, manipuler les autorités et lui faire endosser ses propres crimes. Pris au piège d’un engrenage mortel, Jim se retrouve en cavale, contraint de défier les autorités et de commettre des actes de plus en plus ambigus pour tenter de survivre. Le film glisse alors vers une spirale paranoïaque où chaque tentative de justification ne fait qu’aggraver la situation.

Un Virage Radical
À l’heure où les années 80 ont multiplié les maisons hantées (Amityville La Maison du Diable, Poltergeist), les tueurs masqués (Halloween, Vendredi 13) et les monstres surnaturels (Zombie, Le Loup-garou de Londres), Hitcher opère un virage radical. La menace n’est plus dissimulée dans l’ombre ou le fantastique, mais surgit en plein jour, sur une route californienne, sous les traits d’un homme parfaitement ordinaire.
Rutger Hauer, que l’on avait perdu du vu depuis son interprétation en slip de bain dans Blade Runner, incarne John Ryder avec une froideur hypnotique, déstabilisant autant le protagoniste que le public. Une étrange alchimie se noue dans leurs échanges, entre fascination et répulsion, comme si Ryder avait enfin trouvé un héritier à corrompre. Le film flirte alors avec l’allégorie. Ryder n’est peut-être pas seulement un tueur, mais une incarnation du Mal absolu, un mauvais génie venu éprouver la moralité de Jim.
À l’image du camion fantôme de Duel, John Ryder semble omniprésent, surgissant toujours là où on ne l’attend pas. Il anticipe chaque issue, referme toutes les portes de sortie, envahit l’espace par un simple regard ou quelques mots murmurés. Son pouvoir est autant psychologique que physique. La route devient un purgatoire, et Jim, un condamné en sursis.
Ce face-à-face fonctionne d’autant mieux que Thomas Howell, déjà remarqué dans Outsiders, incarne un loup solitaire, ténébreux, émotionnellement instable, figure idéale du suspect. Deux faces d’une même pièce s’affrontent, l’une cherchant à dominer l’autre sur un ruban d’asphalte qui ne mène qu’à l’enfer. À mesure que Jim se durcit, qu’il adopte les méthodes de son bourreau, le film suggère une possible transmission de la violence, comme si le mal ne se détruisait jamais vraiment, mais se relayait afin de perpétuer la sauvagerie sur les routes de Californie.



