
Réalisateur : Albert Pyun
Année de Sortie : 1994
Origine : États-Unis / Chine
Genre : Polar Burné
Durée : 1h31
Le Roy du Bis : 6/10
Le Mann des Bacs à Soldes
Bien avant qu’Andrew Lau et Alan Mak ne transforment les tourments identitaires de Hong Kong en tragédie opératique avec la trilogie Infernal Affairs, Albert Pyun était déjà sur le pied de guerre. Au début des années 90, la rétrocession imminente de Hong Kong à la Chine nourrit les angoisses occidentales et inspire quantité de scénarios paranoïaques. Les tragiques événements de Tiananmen hantent encore les esprits, et la peur de nouveaux débordements politiques plane sur la colonie britannique à l’approche de l’an 1997. Pyun s’empare de ce climat trouble pour en faire la toile de fond d’un thriller urbain à base de machination, complots, assassinats ciblés et luttes d’influence servent de prétexte à une chasse à l’homme dans les rues.
Hong Kong 97 suit la traque d’un tueur à gages pris pour cible par les triades après l’assassinat de plusieurs hauts dignitaires du gouvernement. Une prime est placée sur sa tête, l’obligeant à se terrer, à négocier sa survie et à tenter de quitter la ville avant d’être englouti par un engrenage de violences. Un pitch minimaliste, presque abstrait, qui permet surtout à Pyun de déployer un ballet d’action urbain à petite échelle. Le film est tourné simultanément avec Spitfire et Heatseeker, les trois productions partageant un budget commun d’environ six millions de dollars, les mêmes acteurs et la même équipe technique. Tim Thomerson et Brion James enchaînent parfois deux tournages dans la même journée, dans une organisation quasi militaire.
Malgré cette cadence infernale, tous garderont de très bons souvenirs de ces collaborations avec le réalisateur globe trotter, qui parcourra près de 90 000 kilomètres en 52 jours entre Rome, Orlando, Los Angeles, Hong Kong et les Philippines afin de mettre en boîte les séquences nécessaires à ces Direct to Vidéo, plutôt que de puiser allègrement ses plans de transitions dans une banque de donnée. Une large partie du film est d’ailleurs tournée à Subic Bay, aux Philippines, permettant d’importantes économies grâce à la mise à disposition de décors militaires et de centaines de figurants issus de l’armée locale. Un système D typiquement Pyunnien, où les contraintes logistiques deviennent des opportunités visuelles.

Pyun peut également compter sur le professionnalisme de son casting, en particulier Robert Patrick, qui rejoue ici un décalque du T-1000 (Terminator 2) à la sauce Worcestershire : costume sombre, regard vide, gestuelle froide et efficacité mécanique. Un tueur calculateur, impitoyable, qui esquive aussi bien les balles que les relations humaines, multipliant pirouettes et sauts aériens dans un ersatz de gun-fu évoquant un Chow Yun-Fat des bacs à soldes.
Cette caractérisation est toutefois en partie parasitée par une intrigue sentimentale inutile, impliquant une ex-compagne envahissante et un beau-père sénile que le héros traîne dans son sillage. Un poids narratif superflu, heureusement compensé par la présence de Brion James (Blade Runner) et Tim Thomerson (Trancers), qui l’épaulent dans de formidables ballets d’action nerveux, techniques et aériens à faire frémir John Woo. Blague mise à part, Albert Pyun n’est évidemment pas John Woo, mais il tente de reproduire les mécanismes de son cinéma à travers sa gestion l’espace, un découpage lisible, des ralentis stylisés et affrontements ritualisés.
Si Hong Kong 97 se laisse regarder sans déplaisir malgré ses creux narratifs et ses phases d’atermoiement peu inspirées, c’est avant tout grâce au travail remarquable de George Mooradian. Le chef opérateur signe ici l’une de ses plus belles compositions, notamment dans les scènes nocturnes baignées de néons, où les éclairages bleutés sculptent les silhouettes et transforment la ville en un espace mental plus que géographique. Dommage que certaines éditions vidéo, recadrées en 4/3, empêchent d’en apprécier pleinement la composition originale.
Les choix de mise en scène inspirés du cinéma de Michael Mann (l’étirement du temps, l’abstraction narrative, et la stylisation des scènes d’exposition) confèrent au film une ambiance à la fois mélancolique et hypnotique. Une tonalité qui épouse parfaitement le contexte sociopolitique qu’il évoque en filigrane : celui d’un Occident en perte de contrôle, confronté à la fin d’une domination et à la perspective d’une liberté bientôt confisquée.

