
Réalisateur : Johannes Roberts
Année de Sortie : 2021
Origine : États-Unis / Allemagne / Canada
Genre : Adaptation vidéoludique
Durée : 1h47
Le Roy du Bis : 5/10
Thibaud Savignol : 6/10
Cauchemar Antédiluvien
Telle une hydre à quatre têtes, la saga Resident Evil n’en finit plus de renaître de ses cendres, même après que Paul W.S. Anderson l’est méthodiquement enterrée avec Milla Jovovich. Son cocktail improbable de science-fiction, d’agents mutagènes et d’action frénétique avait mine de rien acquis un certain nombre de fidèles autant que détracteurs auprès des fans… Il faut dire que la franchise vidéoludique n’a jamais renié ses influences pour la série B, oscillant sans complexe entre terreur, énigmes, phases de cache-cache sous haute tension et envolées d’action de plus en plus décomplexées jusqu’à culminer dans une arène aux commandes d’un tank, burinage en règle à la clé (Resident Evil Village).
L’Enfer des Adaptations Vidéoludiques
Resident Evil n’a donc pas toujours été ce pur survival horror feutré que la mémoire collective aime parfois idéaliser : requins et serpents géants faisaient déjà partie du bestiaire dès ses débuts, ouvrant grand la porte aux excès et aux délires tout azimutés. Dans ce contexte, la promesse d’un reboot cinématographique plus respectueux du matériau d’origine avait de quoi séduire. Resident Evil Bienvenue à Raccoon City reprend ainsi la trame narrative des deux premiers jeux, se déroulant simultanément lors des tragiques événements menant la ville à un état de siège apocalyptique.
Dans les faits, Johannes Roberts semble tellement craindre de s’aliéner les joueurs qu’il choisit de noyer son film sous un fan-service omniprésent, et c’est bien là le cœur du problème. Tous les lieux emblématiques sont convoqués : le commissariat, les laboratoires souterrains, le manoir Spencer, l’orphelinat… mais rarement exploités à leur plein potentiel. Le choix de condenser deux jeux en un seul long métrage impose inévitablement un rythme effréné à l’intrigue. Le sentiment de panique et d’effroi que l’on ressentait manette en main, au détour d’un couloir tamisé s’évanouit donc à mesure de son compte à rebours, annihilant l’atmosphère oppressante pourtant caractéristique de ses penchants vidéoludiques.

Ce défaut est d’autant plus ironique que le film reproduit, à sa manière, les travers de la saga vidéoludique elle-même lorsqu’elle a tenté de renouveler le survival horror par une surenchère d’action (Resident Evil 4). La volonté de bien faire est néanmoins perceptible, notamment dans la reconstitution de scènes cultes : le carambolage routier, la partition au piano ouvrant un passage secret, ou encore le Tyran neutralisé au bazooka. Des clins d’œil qui feront sourire les initiés, mais qui tendent aussi à désamorcer un climax que l’on aurait préféré plus terrifiant, plus viscéral, et surtout moins prévisible.
Franchisez ! Franchisez !
Là où le film surprend davantage, c’est dans le choix de son casting à contre-emploi. Le cas le plus problématique reste Léon S. Kennedy, ici réinventé en antihéros pleutre, maladroit et désinvolte, interprété par un acteur à des années-lumière de l’icône vidéoludique. Plus largement, les protagonistes peinent à exister autrement que comme des archétypes ambulants (ce qui, reconnaissons-le, était déjà le cas dans les jeux), se présentant à coups de dialogues sur-explicatifs censés rappeler au spectateur qui ils sont et d’où ils viennent. De là à dire que les joueurs sont tous des imbéciles, il n’y a qu’une pierre à mettre dans l’œil d’une statue.
Heureusement, quelques séquences tirent leur épingle du jeu, notamment une phase d’exploration tendue dans les couloirs du manoir, débouchant sur une mêlée chaotique face à une horde de zombies. Pour le reste, Resident Evil Bienvenue à Raccoon City ne réserve que peu de surprises, préférant se transformer en hommage rétro appuyé aux années 90 : une discussion autour de Planet Hollywood, un morceau des 4 Non Blondes en fond sonore, ou encore un pilote s’adonnant à une partie de Snake sur un vieux Nokia. Un gimmick nostalgique qui parlera sans doute aux trentenaires mais qui ne suffit pas à masquer les faiblesses structurelles de l’ensemble.
Il y a fort à parier que ce reboot divisera durablement la communauté, tant ses qualités sont maigres face à ses nombreux défauts. En cherchant à reproduire trop fidèlement l’univers original, Johannes Roberts échoue paradoxalement à livrer une œuvre cohérente, la faute à une écriture paresseuse et à un manque cruel de vision. La scène post-générique, annonçant le lancement d’une nouvelle saga, sonne alors comme une promesse creuse, probablement vouée à ne jamais être tenue. Une preuve supplémentaire, s’il en fallait une, que nombre de productions actuelles ne cherchent même plus la singularité, mais bien à franchiser.



