
Réalisateur : Ching Siu-tung
Année de Sortie : 1991
Origine : Hong-Kong
Genre : Romance Fantastique
Durée : 1h49
Le Roy du Bis : 6/10
Thibaud Savignol : 7/10
Éternel Recommencement
Seulement un an sépare les deux séquelles d’Histoires de Fantômes Chinois. Succès sans débat au box office pour le second opus, Tsui Hark décide qu’il faut battre le chinois pendant qu’il est chaud. Les emplois du temps de Leslie Cheung et Wu Ma (le moine taoïste) sont plus chargés que jamais mais cette fois-ci, pas question d’attendre qu’ils soient tous disponibles en même temps. Seul Joey Wong rempile et fera désormais face au jeune Tony Leung, qui malgré une carrière à la téloche qui décolle, peine encore à s’imposer sur grand écran. Et c’est par un petit tour de passe-passe scénaristique que le producteur Hong-kongais va pouvoir mettre en chantier ce troisième et dernier épisode.
Le long-métrage s’ouvre sur une séquence du film originel de 1987, où le jeune lettré et son pote taoïste affrontent l’un des nombreux démons du film. Ils lui jettent alors un sort qui l’emprisonne pour cent ans, mais voilà pas qu’il se réveille pile poil un siècle plus tard. Grâce à cette ellipse temporelle, aucun besoin de s’attarder sur le sort des protagonistes des deux premiers volets. Ils sont forcément morts depuis, de l’eau a coulé sous les ponts et aucun problème de continuité à l’horizon.
Un siècle plus tard donc, on découvre le jeune moine Fong, accompagnant son maître lors d’un long périple à travers la Chine. Tandis qu’ils s’arrêtent dans une battisse abandonnée pour passer la nuit, une fantôme vient convoiter l’apprenti afin de le livrer en pâture à son maître démoniaque. Suite à différents quiproquos, Fong s’alliera avec un jeune moine taoïste pour contrer la menace et lever la malédiction qui hante les lieux.

Pour les habitués de la saga, ce synopsis évoque furieusement celui du premier opus. Ce n’est pas un hasard ou une supercherie. Histoires de Fantômes Chinois 3 n’est rien d’autre qu’un remake, une relecture plus élaborée de l’œuvre originelle. Si on peut suspecter une démarche purement mercantile, ce qui soyons honnêtes est sûrement un peu le cas, c’est aussi la possibilité pour les deux compères Tsui Hark et Ching Tsui-tung d’accoucher du film qu’ils ont toujours voulu faire.
En effet, le premier fut handicapé par un tournage à rallonge et la difficulté de trouver le ton juste, quand le deuxième s’apparentait à une course à la surenchère au fond éminemment politique. L’expérience dorénavant engrangée permet au duo de retravailler leur matière sans pour autant renier la folie intrinsèque à la série. Les premières images donnent le la en ce qui concerne la technique pure ; la photo est plus maîtrisée que jamais, usant d’une profondeur de champ ample et élégante, les décors déploient un souffle et un grandiose d’une autre trempe, tandis que le montage plus soigné qu’à l’accoutumé permet une fluidité qui manquait parfois.
Histoires de Fantômes Chinois 3 regorge de séquences loufoques, de chorégraphies câblées hallucinantes et d’un goût pour le grotesque toujours assumé. Mais pourtant, le côté furibard s’efface au profit d’un véritable fantastique à l’élégance trouble. Si les effets spéciaux possèdent encore ce côté bricole et papier mâché, mais dans une mesure moindre, l’ensemble dégage un souffle et une implication émotionnelle davantage travaillés. La romance quelque peu démesurée du premier laisse place à un trio amico-amoureux plus ambigu (Fong a fait vœu de chasteté) et à une fluidité narrative emballante.
Avec un climax toujours aussi démesuré (le retour du démon à la diction alternant entre féminité et masculinité) et le choix de l’eau après l’air et la terre (les nombreuses envolées du premier, les tunnels du second), ce dernier opus clos définitivement la saga de bien belle manière. Plus long, plus maîtrisé et plus sophistiqué, Histoires de Fantômes Chinois 3 mérite mieux que sa réputation de vilain petit canard de la saga, étant peut-être au final le film le plus définitif voulu par Tsui Hark et Ching Siu-tung.



