
Réalisateur : Albert et Charles Band
Année de Sortie : 1992
Origine : États-Unis
Genre : Super-Héros
Durée : 1h15
Le Roy du Bis : 6,5/10
C’est donc ça le multivers !
Évoluant loin de sa Californie natale en Italie, Charles Band n’avait que le cinéma pour lui donner un sentiment d’appartenance. Bien qu’il ai grandi dans l’univers du péplum et du western, Charles s’intéresse d’ailleurs très rapidement à la science-fiction et à la fantaisie. Quant il ne faisait pas de la figuration sur les plateaux de tournage de son père, il adorait se plonger dans une bande dessinée Marvel. Ce n’est que bien plus tard, que le producteur cherchera à en reproduire l’esthétique caractéristique et la légèreté de ton dans ses œuvres (Mestema le Maître du Donjon, Decapitron, Zone Troopers).
Avec les retombées financières engendrées par Re-Animator, Charles Band voit grand et achète les droits d’adaptation de Doctor Strange pour une durée limitée. Faute d’avoir pu concrétiser le projet à temps, le producteur se tourne alors vers le célèbre illustrateur de comics Jack Kirby (Captain America, L’Incroyable Hulk, Les 4 Fantastiques), auquel il confie la tâche de produire une série de concept art visant à convaincre de potentiels investisseurs. Mais là encore, Band doit prendre son mal en patience suite à la faillite financière de sa société Empire.
Les adaptations de bande-dessinée n’étaient pas légion dans les années 80. Mais la sortie de Batman en 1989 va largement changer la donne pour des fortunes diverses et variées. Après le succès de Darkman, et le bide intersidéral de Captain America, Doctor Mortalis revient de l’au-delà en même temps que Charles Band à la tête de sa nouvelle société Full Moon. Finalement, ce dernier se passe de l’accord le liant à l’illustrateur Jack Kirby, confiant l’écriture du scénario à C.Courtney Joyner. Docteur Mortalis deviendra Docteur Mordrid. Et pour parer à toutes éventualités de procès pour plagiat, le producteur n’aura qu’à mettre cela sur le compte du multivers !

Dévolu aux adaptations lovecraftiennes, Jeffrey Combs abandonne la panoplie du Docteur Herbert West (Re-Animator) pour enfiler celle du Docteur Mordrid, un puissant sorcier chargé de protéger la Terre de l’emprise d’un mage noir, souhaitant ouvrir les portes de l’Oblivion. La cape rouge aura beau être devenue bleutée, la filiation à l’univers de Doctor Strange reste plus qu’évidente. À l’instar de son homologue, le Docteur Mordrid peut à loisir se téléporter dans d’autres dimensions et arrêter le temps. En revanche, le personnage se veut plus discret, vivant reclus à l’écart de la société dans un appartement New-Yorkais qu’il tente d’administrer malgré quelques conflits de voisinage. Une policière va néanmoins s’intéresser d’un peu plus près à son profil ainsi qu’à son appartement, au demeurant très luxueux.
Docteur Mordrid réunit la famille Band au grand complet : Albert et Charles Band se relaient derrière la caméra, Richard Band compose la musique du film à l’aide de synthétiseurs, tandis que le jeune Axel (futur chanteur du groupe The Calling) se verra gratifié d’un second rôle. Les visuels fantastiques (ce château flottant dans la voie lactée) et effets spéciaux suffisent à élever l’intérêt d’un scénario cousu de fil blanc. Cette réussite est à mettre au crédit d’une équipe artistique passionnée, d’artisans (David Allen notamment) et de techniciens chevronnés.
Clou du spectacle, un combat réalisé en stop-motion entre deux squelettes de dinosaures au sein du Cosmopolite Museum. C’est bien grâce à cette séquence anthologique que Doctor Mordrid s’inscrit durablement dans notre imaginaire infantile, là où les productions standardisées des studios Marvel se confondent dans les turpitudes d’une bouillie de CGI. Les mauvaises langues diront qu’il s’agit du Doctor Strange de chez Wish, mais il n’est pourtant pas interdit de le préférer au «vrai». C’est aussi ça le multivers.



