
Réalisateur : William A. Levey
Année de Sortie : 1973
Origine : États-Unis
Genre : Blaxsploitation
Durée : 1h27
Le Roy du Bis : 5/10
Disponible à la Vente chez Uncut Movies
Le Monstre Afro du Ghetto
Au rayon de la blaxploitation, les clichés ont pignon sur rue. Après le succès d’un certain Blacula, ce n’était qu’une question de temps avant que d’autres mythes gothiques passent à la moulinette funky. C’est ainsi que Blackenstein montre le bout de ses boulons, capitalisant sur un titre accrocheur plus que sur une véritable proposition de cinéma. Sans mauvais jeu de mots, le film de William A. Levey apparaît comme une pâle copie du Frankenstein de James Whale, transposée dans la réalité contemporaine des seventies, entre soul poisseuse et expérimentations pseudo-scientifiques kitschs.
Signe des temps, les manipulations génétiques liées à l’intrigue ne relèvent plus d’une hubris prométhéenne digne du roman de Mary Shelley, mais d’obsessions esthétiques. Le but est ici d’offrir une seconde jeunesse à une bourgeoise décatie à coups d’injections d’ADN, greffer des membres à un vieillard cul-de-jatte atteint d’une mutation hybride, ou bien encore de soigner une maladie incurable. Le docteur Stein n’est donc pas mû par la même folie des grandeurs que ses prédécesseurs mais agit davantage comme un savant pragmatique et technocrate.

Ce déplacement affadit le propos et recentre le récit sur un triangle amoureux un peu malséant entre une femme médecin, son mari mourant et un assistant jaloux. Si le rythme est assez mou de la bite, le film assume néanmoins sa rugosité plastique (grain organique, texture charnelle). Quelques compositions soignées, des mouvements de caméra ostentatoires, des contrastes appuyés (notamment ce meurtre stylisé derrière un rideau de douche, tout en jeux d’ombres et de lumières), des accents et sonorités soul, et une débauche de boyaux et de tripaille nous immergent pleinement dans le jus de l’époque.
Mais là où Blacula parvenait à articuler série B horrifique et commentaire social (la corruption de l’âme d’un prince africain à l’origine engagé contre l’esclavagisme), Blackenstein se montre étonnamment timoré. Levey ne cherche ni à interroger la condition de l’homme noir dans l’Amérique post-ségrégationniste, ni à pervertir ou revitaliser le mythe façonné par Mary Shelley. Il se borne à en livrer une relecture paresseuse avec des acteurs de couleur, à l’exception notable du docteur Stein (John Hart), interprété par un parfait sosie grisonnant de James Stewart.
Ceux qui espéraient donc une relecture politiquement corrosive et assister à la traque d’un monstre afro du ghetto après le meurtre d’une blanche de bonne famille en seront donc pour leur frais. Hormis l’expédition punitive contre un infirmier raciste comme pas deux, Blackenstein se contente d’aligner les meurtres et d’imiter laborieusement la démarche hiératique de Boris Karloff, qui s’en retournerait probablement dans sa tombe.



