[Critique] – Retour À Silent Hill


Retour à Silent Hill affiche film

Réalisateur : Christophe Gans

Année de Sortie : 2026

Origine : États-Unis

Genre : Adaptation Horrifique

Durée : 1h46

Thibaud Savignol : 4/10


Game Over


Depuis 35 ans, depuis que le jeu vidéo est devenu une nouvelle source d’approvisionnement pour l’industrie cinématographique, une question ne cesse de nous hanter : qu’est-ce qu’une bonne adaptation ? Adapter l’art vidéoludique, du fait qu’il partage ce rapport à l’écran et aux images, se révèle un exercice aussi périlleux que suicidaire. Décors, personnages, histoire, gameplay, sur quelle partie de l’expérience doit se reposer la matière filmique, condensé de dizaines d’heures de jeu en seulement 100 minutes ?

La French Touch

Le problème se pose davantage avec Silent Hill 2, œuvre vidéoludique monumentale à la portée quasi philosophique, dont l’expérience se révélera unique pour chaque joueur. Les tentatives d’interprétation pullulent d’ailleurs sur Youtube, certaines passionnantes. Car au-delà d’être un survival rondement mené, anxiogène et à la linéarité éprouvante, le jeu de Konami est avant tout un modèle d’horreur psychologique, où le récit n’est que la surface à l’exploration des névroses de son protagoniste : l’amour, la mort, le sexe, la maladie ou encore la dépression. Des thématiques rarement intégrées au jeu vidéo à cette époque (le jeu sort en 2001), transformant de facto Silent Hill 2 en odyssée émotionnelle rare.

À l’instar de son modèle, le scénario se calque sur le parcours de James Sunderland, qui après avoir reçu une lettre de sa femme disparue le sommant de se rendre à Silent Hill, part aussitôt à sa recherche. Sans vouloir jouer les fans boys décérébrés, ce ne sera jamais l’objet de ce texte, un premier grain de sable enraye la mécanique. Au-delà d’un prologue ajouté qui sonne incroyablement faux, la femme décédée depuis trois ans du James vidéoludique se transforme ici en femme «disparue». Aucun spoil, mais ce léger changement de fil conducteur désamorce le paradoxe initial du jeu, qui créait immédiatement un mystère quasi insoluble (comment une femme morte a pu envoyer une lettre ?). Cet élément ne servira ici que de vulgaire twist lors du second acte.

Retour à SIlent Hill Critique Film Christophe Gans

Mais si scénaristiquement la déception est grande (on y reviendra), on ne peut pas dire que Gans ait perdu son sens du visuel qui fait mouche. Toujours féru du plan choc, de la séquence marquante, le metteur en scène français déploie une virtuosité technique pas si commune : longs mouvements de caméra ou de grue, décadrages marqués et plongées zénithales d’orfèvre. Dans son désir de restituer au plus près l’expérience vidéoludique, il n’hésite pas à décalquer des moments iconiques du jeu, comme le célèbre plan du miroir, dans un dialogue permanent avec l’œuvre originelle. Un élément repris un brin abusivement par la campagne marketing, souhaitant sûrement s’éviter l’ire des fans.

Malgré un rendu des effets numériques en mode aléatoire, où le sublime côtoie le très daté (des incrustations dignes d’un fan-film Youtube, ou un James animé façon jeu vidéo en plan large), le résultat transpire l’hommage sincère aux créatures et décors originaux.

La ville du cauchemar

On retrouve ce bon vieux Pyramid Head, en adéquation totale à sa symbolique supposée, les infirmières au design de cire terrifiant ou encore le fameux «Abstract Daddy», sûrement le boss le plus malaisant de la saga. Les décors en extérieur évoquent le glauque propre à la licence, malgré quelques fonds verts un peu trop voyants. Cependant côté intérieurs, la réussite est totale. Les murs suintent la crasse, la décrépitude innerve chaque recoin et les textures apparaissent organiques au possible. Si la photo est peut-être trop propre pour restituer parfaitement le désespoir inhérent au grain voulu en 128 bits, le moisi et la rouille, notamment lorsque l’on bascule dans la partie cauchemardesque de la ville, sont du plus bel effet.

Retour à SIlent Hill Critique Film Christophe Gans

En dépit d’une forme travaillée et du soin maniaque apporté à l’ensemble, reste l’impression que le réalisateur est passé à côté de l’adaptation dont il rêvait tant depuis des années. Si il a toujours assumé avoir retravaillé le script pour en livrer une version toute personnelle, ce que nous défendrons toujours en ces pages, on ne peut nier pour autant le résultat final. Souhaitant réaliser l’œuvre romantique noire ultime, Gans pêche par excès d’un sentimentalisme à l’eau de rose, antithèse à l’ambiance macabre fondamentale.

On est rapidement confronté à la même tare que son superbe premier Silent Hill, à savoir la déconnexion constante via deux intrigues qui se chevauchent. Même si il déclare aujourd’hui apprécier cet aspect, il ne faut pas oublier qu’il lui fut imposé en 2006 contre sa volonté. Encore plus marquée ici, cette dichotomie scénaristique empêche de plonger corps et âme dans le calvaire de James, régulièrement parasité par les allers- retours temporels lourdauds mis en place, afin d’illustrer la romance des protagonistes.

Si le résultat apparaît aussi bâtard, c’est peut-être dû aussi à la cohorte de producteurs exécutifs affichés au générique (une bonne dizaine), souvent preuve d’un interventionnisme zélé. L’ambiance peine paradoxalement à se créer à cause d’une volonté de rentrer au chausse pied tous les éléments possibles du jeu vidéo (à quoi sert Eddie ici ?) et d’un recours un brin abusif au jump scare. Sans oublier cette histoire abscons de secte, en miroir de l’opus précédent. Prime le besoin de tout expliquer, de tout rationaliser, par peur de perdre les spectateurs non-joueurs en plein milieu de l’intrigue.

Retour à SIlent Hill Critique Film Christophe Gans

J’emporterai ton âme

Ainsi surgit le principal problème de cette adaptation, le refus de plonger à corps perdu dans l’irrationnel, pourtant carburant émotionnel majeur de Silent Hill 2. Ou comment détruire toute l’étendue psychologique, voire même psychanalytique du jeu éponyme, en intégrant le personnage de la psychologue. Présente quelques minutes à l’écran, elle incarne la pure artificialité scénaristique, lancée comme une bouée de sauvetage au spectateur à mi parcours du récit.

En reniant ainsi l’aboutissement émotionnel propre à l’expérience vidéoludique, à travers un chemin de croix sans répit dont l’explication finale viendra terrasser le joueur, Gans échoue à retranscrire sur grand écran l’essence de Silent Hill 2 : la quête d’une vérité subjective. Sa fin est mise en scène de manière maladroite mais a le mérite d’affirmer un choix du réalisateur, celui de partager sa propre expérience de joueur. Quant à l’épilogue (un cauchemar sans fin), certains le défendent déjà pour son potentiel pervers, mais il dénature pourtant profondément la fin du parcours de James.

Ironiquement, c’est en ne voulant pas définitivement choisir, en souhaitant s’attirer la sympathie des joueurs et des profanes que le réalisateur français manque le coche. Et ça nous peine énormément de faire ce constat, concernant un réalisateur dont on a toujours admiré l’audace éditoriale (Starfix, HK Video et moult apparitions en bonus DVD) et cinéphilique (le Wu Xia Pian dans un film français d’époque, il fallait oser).

Bien que réussie et délivrant quelques séquences qui resteront (les cafards libidineux, la découverte de chaque lieu), et malgré le respect évident d’une trame linéaire atypique, la forme ne suffit à convaincre. Revient ainsi nous hanter la ritournelle sur les adaptations vidéoludiques. Cette interprétation personnelle, on l’aurait souhaitée davantage radicale, collant à l’expérience originale, sans sortie possible de la ville. Ou au contraire, en abandonner la forme singulière pour en converser seulement l’essence mortifère. À effleurer les deux sans jamais les incarner, Retour à Silent Hill ne parvient jamais à exister pleinement. Plus qu’à se repasser L’Échelle de Jacob pour se consoler.

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