
Réalisateur : Ching Siu-tung
Année de Sortie : 1990
Origine : Hong-Kong
Genre : Romance Fantastique
Durée : 1h44
Le Roy du Bis 6/10
Thibaud Savignol : 6/10
Sortie en Blu-Ray 4k de la trilogie le 14 février 2026 chez Metropolitan Film Export
Tian’anmen es-tu là ?
Succès modeste à Hong-Kong en 1987, où il ne figure même pas dans le top 10 du box-office annuel, Histoires de Fantômes Chinois fait cependant un carton à l’international. Alors qu’il souhaite rapidement mettre une suite en chantier, Tsui Hark est confronté aux emplois du temps désormais très chargés de ses nouvelles supers-stars. Il essaye bien de convaincre ses producteurs de chercher de nouvelles têtes, mais que nenni, si suite il y a, ce sera avec Leslie Cheung et Joey Wong. D’où cette attente de trois ans avant de pouvoir concrétiser ce projet. Si le souffle novateur du premier opus s’est tari, cette séquelle n’en reste pas moins un divertissement de haute voltige, qui connaîtra cette fois le succès public dans l’ex-colonie britannique.
À peine remis de ses émotions, le lettré Ning est emprisonné arbitrairement par une bande de mercenaires zélés. Une fois enfui, il se confronte à un nouveau moine taoïste (Le fendard Jacky Cheung) dans une vieille bicoque hantée. Des fantômes surgissent, mais ils s’avèrent n’être en réalité qu’un groupe de rebelles en déroute, essayant tant bien que mal de retrouver leur seigneur aux mains du pouvoir impérial. Parmi eux Brise, dont la ressemblance troublante avec Nieh, l’esprit amoureux du premier opus, suscite toute la fascination de Ning, persuadé d’avoir trouvé la réincarnation de sa bien aimée.
Ce qu’il perd en originalité, Histoire de Fantômes Chinois 2 le gagne en rythme et en efficacité ; pas de longue exposition ici, les péripéties s’enchaînant à un rythme effréné. En surface, l’intrigue n’est qu’un prétexte à compiler les morceaux de bravoure dans la droite lignée de son aîné, parfois trop. Si les scènes iconiques se dédoublent sans aucun scrupule, l’inventivité de chacune compense une forte impression de déjà-vu. On nous rejoue le quiproquo romantique en trio, le duel avec le moine taoïste ou la maison hantée qui héberge un monstre, le tout dans une surenchère aussi épuisante que réjouissante.

Malgré ces redites, et un climax final pas aussi tenu sur la longueur, comment ne pas s’esclaffer lorsque les personnages se retrouvent bloquer par des sorts de fixation alors qu’une créature furibarde est à leur trousse, ou ne pas être emporté par ce style inimitable, au montage cut, aux cadrages en permanence expressionnistes et à un mélange des genres toujours aussi bien dosé ? Cette patine artisanale, témoignage d’une époque malheureusement révolue, parlera à tous les férus de séries B aussi bien généreuses que tarées.
Mais au-delà de cette frivolité apparente, ce second volet se distingue par une noirceur inhabituelle. Si on parlait d’intrigue de surface, cette dernière cache en réalité un rapport bien plus véhément quant à son époque. En 1989, un an avant la sortie du film, eut lieu le massacre de la place Tian’anmen en Chine populaire, où les manifestations à répétition d’intellectuels et d’étudiants finirent en bain de sang. Tout le monde connaît aujourd’hui la célèbre photo d’un homme se dressant face à une rangée de tank. Revoir aujourd’hui le climax avec le mille-pattes géant à la Shadow of the Colossus face à un petit groupe de rebelles affrontant un système corrompu de l’intérieur, en dit long.
En zieutant de plus près, aucun choix n’apparaît ainsi innocent ; une arrestation arbitraire pour commencer, à laquelle succèdent des rebelles pourchassés par un pouvoir répressif, des jurés littéralement vidés de leur enveloppe charnelle officiant en tant que marionnettes du pouvoir, des généraux qui servent des officiels immoraux, jusqu’à ce prêtre gourou, intouchable et sans pitié. Si l’expression est parfois galvaudée en parlant du cinéma Hong-Kongais des années 90, pour sûr qu’Histoire de Fantômes Chinois 2 brandit la peur de la rétrocession à la Chine en porte étendard.



