
Réalisateur : David Nutter
Année de Sortie : 1994
Origine : États-Unis / Roumanie
Genre : Flic du Futur
Durée : 1h14
Le Roy du Bis : 5/10
Transpecies
Après un troisième opus en demi-teinte, Charles Band ne semble pas prêt à abandonner sa poule aux œufs d’or, même lorsque celle-ci commence sérieusement à montrer des signes de fatigue. Le public réclame du changement, et Tim Thomerson lui-même commence à se lasser d’un rôle qu’il incarne depuis près de neuf ans. Qu’à cela ne tienne se dit Band, toujours fidèle à sa logique d’exploitation opportuniste. Après avoir proposé un high concept extravagant avec le space western Oblivion, le producteur décide de réunir là aussi deux univers aux antipodes ; la science-fiction et l’heroic Fantasy ; afin de mener la saga vers de nouveaux horizons…en Roumanie, plus précisément dans les studios Castle Film.
Ce choix opportuniste permet au producteur de réduire drastiquement les coûts, et de recycler les décors gothiques des films Subspecies II et Subspecies III: Bloodlust, réalisés simultanément. Et puisque l’entreprise a porté ses fruits, autant faire d’une pierre deux coups, car chez Band, il n’y a pas de petites économies. Le scénario, signé Danny Bilson et Paul DeMeo, est également recyclé d’un autre projet abandonné (Journeys Through the Dark Zone). À la réalisation, on retrouve David Nutter, un habitué du petit écran (21 Jump Street, The X-Files, Game of Thrones), chargé d’orchestrer cette mutation tonale.
Désormais débarrassé de son encombrant partenaire, Jack Deth est chargé de traquer les Trancers à travers les quatre coins du continuum espace-temps. Mais un incident de parcours l’expédie dans un univers médiéval dominé par une oligarchie vampirique, où une caste de seigneurs saigne littéralement les gueux de la basse populace. Le flic du futur devra donc renverser ce système féodal avec l’aide d’un groupe de robin des bois, d’un trancer romano vegan et d’un émule de Merlin l’enchanteur.

L’idée n’est pas sans rappeler Evil Dead L’Armée des Ténèbres : Jack devra accomplir une prophétie pour réanimer une résistance à l’état de mort clinique, combattre l’oppression du terrible Lord Caliban, et regagner sa dimension avec une histoire de plus à raconter. En principe, ce mélange des genres promettait donc un terrain de jeu propice à des séquences surréalistes. Mais en pratique David Nutter peine à insuffler le moindre souffle épique à son récit et n’exploite jamais pleinement le potentiel comique lié à cet anachronisme.
Certes, voir Jack Deth jouer les chevaliers à cheval pour occire des autochtones à l’épée peut arracher quelques sourires. Néanmoins, les scènes d’action sont d’une mollesse accablante, Tim Thomerson n’étant pas Errol Flynn. Pour ne rien arranger, son équipement tombe en panne et se retourne carrément contre lui, à l’image de sa montre le figeant en plein action devant ses ennemis. Malheureusement, ces running-gags tournent rapidement à la facilité.
Ironiquement, la production avait pourtant engagé un coordinateur de cascades expérimenté en la personne de Jeff Moldovan (The Patriot, Miami Vice). Mais son coaching mental à base d’animaux totems et de conneries xeno genre pseudo-mystiques n’ont pas permis au casting d’interprètes de se sentir plus loup, scorpion, ours, araignée ou bien loutre de mer. Et le résultat à l’écran évoque davantage une bagarre de mollusques qu’un affrontement héroïque.
Trop bavard, avare en péripéties et plombé par une mise en scène résolument télévisuelle, Trancers 4 souffre surtout d’un manque cruel de moyens. Les contraintes budgétaires obligent même David Nutter à élaguer une partie du script de Peter David, amputant encore davantage un récit déjà rachitique. Le film se conclut d’ailleurs sur un cliffhanger abrupt, révélant sans détour la nature profondément opportuniste du projet. Une histoire scindée en deux, pensée avant tout pour maximiser la rentabilité, et qui ne trouvera sa résolution que dans sa suite directe Trancers 5 Sudden Deth.



