
Réalisateur : Andrew Jones
Année de Sortie : 2016
Origine : Royaume-Uni
Genre : Poupée Hantée
Durée : 1h19
Thibaud Savignol : 4/10
La Nuit au Musée
Tout juste un an après sa première itération, voilà que Robert (à prononcer en anglais par pitié) revient pour hanter vos nuits. En l’état, à moins d’avoir un âge à un chiffre, il est fort peu probable que la vision du long-métrage d’Andrew Jones laisse des séquelles indélébiles. Si ce second opus daigne proposer davantage de séquences horrifiques, le manque de moyen criant annihile tout le potentiel angoissant d’un tel pitch. Car oui, le film de poupées a toujours exploré avec plus ou moins de brio cette frontière angoissante de l’objet animé, à fortiori quand il se revêt d’une apparence humaine, sorte de double monstrueux de nous-mêmes.
Alors que tout laisse à penser que Robert The Doll n’est qu’une simple relecture d’Annabelle, Andrew Jones ne peut s’empêcher de rejouer les séquences cultes de la saga Chucky.
L’introduction confronte un policier véreux à un vieux monsieur pas net. Contre une certaine somme d’argent ce dernier obtient la poupée Robert, pourtant pièce à conviction d’une enquête sordide. Et de nous rappeler au bon souvenir des premières minutes de La Fiancée Chucky, sûrement le meilleur opus après l’original, ou meilleur tout court pour certains, lorsque la charismatique Jennifer Tilly récupérait le pantin en lambeaux des mains d’un ripoux. Au moins chez Andrew Jones, le représentant des forces de l’ordre ne finit pas taillader au rasoir. La légendaire courtoisie anglaise n’est donc pas morte.
Mais pour cette suite, The Curse of Robert suit la jeune Emily Barker (on a la ref ou bien ?) démarrer un petit boulot de femme de ménage au musée d’East Falls. Un lieu dédié à l’Histoire d’Angleterre où trône Robert dans une salle à part, bien engoncé dans sa box vitrée. Pas de chance pour Emily et ses collègues, la colère de Robert risque de sévir à nouveau.

Andrew Jones a le mérite de tenter un nouveau lieu, de nouveaux protagonistes ainsi qu’une nouvelle dramaturgie. Mais c’est presque dommage de ne pas exploiter davantage un décor qui pouvait se prêter à milles idées, entre époques qui se télescopent et jeux de frayeurs avec tout ce qui est exposé. Il se contentera d’un vulgaire mannequin d’hôtesse de l’air pour provoquer quelques «bouh !» que n’aurait pas renié Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles.
Malheureusement pour nos yeux avertis de spectateurs barrés, les tares visuelles sont toujours de la partie. L’image est affreusement plate, la faute à une caméra numérique bon marché et des économies sur l’étalonnage. Robert est un peu plus présent à l’écran, se déplace moins en hors-champ, mais toujours avec cette démarche mi-cartoon mi-fauchée. Il se montre par contre plus véhément quand il est temps de dissoudre le casting (coup de tournevis, gorge tranchée).
Au milieu de son nouveau foutoir, Andrew Jones réussi à placer Jenny, la survivante du film précédent. Désormais à l’asile, elle apportera les réponses sur Robert à nos jeunes enquêteurs qui ont bien décidé de ne pas se laisser faire par une poupée de chiffons. Le passage obligé pour tout bon film d’horreur, rendre visite à un personnage tiers à la bibliothèque ou en hôpital psychiatrique, afin de faire avancer le récit. Rien de bien neuf, mais fut-ce vraiment l’intention du réalisateur à un moment donné du processus de création ?
Si le film est soporifique dans sa première partie, le dernier acte parvient à nous sortir de notre léthargie. Mais surtout, Jones parvient encore à intégrer ce petit aspect social grinçant à son œuvre. Après les bourgeois antipathiques du premier opus, place ici à Berenson, riche investisseur cynique, obsédé par l’idée de rentabiliser Robert avant tout.
L’épilogue diablement réussi, avec ses poupées plus dérangeantes les unes que les autres, annonce quant à lui un troisième opus en hommage au Puppet Master 3 de David DeCoteau, nommé The Toymaker, littéralement. Le Charles Band anglais on vous disait.



