
Réalisateur : Min Byung-chun
Année de Sortie : 2003
Origine : Corée du Sud
Genre : Robot Lover
Durée : 1h54
Thibaud Savignol : 5/10
Le cœur a ses raisons …
Début des années 2000. Le cinéma coréen, après une longue période passée sous les radars et objet de censure, laisse enfin exploser toute sa rage. Surgissent des réalisateurs tels que Park Chan-wook, Bong Joon-ho et Kim Jee-won, qui phagocytent le cinéma de genre pour témoigner des souffrances de leur pays : le socialement destructeur Sympathy for Mister Vengeance, Memories of Murder et sa critique à peine voilée des forces de l’ordre , ou encore un Deux Sœurs témoignage d’une Corée divisée à jamais. C’est au cœur de ce bouillonnement cinématographique que débarque Natural City. Une tentative malheureusement moins aboutie au regard de ses concurrents.
La Corée du futur
En 2080 les cyborgs représentent la nouvelle espèce peuplant la Terre aux côtés des humains, et sont présents à tous les niveaux de la société. R, membre de la police militaire chargé de traquer les machines rebelles tombe amoureux de la danseuse robotique Ria. Mais comme chaque androïde créé, sa durée de vie est limitée à trois ans. Il lui reste à cet instant trois jours à vivre avant de s’auto-détruire. Une course contre la montre commence, en collaboration avec le Docteur Giro. Pour enrayer l’inéluctable, ils ont recours à un prototype de neuro-transmission, qui permettrait de transférer l’esprit de Ria dans un corps humain, et ainsi survivre à sa date limite. En parallèle, un dangereux criminel cherche également à mettre la main sur la même humaine qui permettrait de sauver Ria.
Le réalisateur Min Byeong-chun écrit et porte à l’écran ce Natural City, son second et dernier film, et a depuis été chef op sur l’improbable Dino King (courrez voir la fiche Imdb, ça vaut le coup d’œil !). Il fait appel ici à Yoo Ji-tae pour le rôle principal, acteur qui explosera l’année suivante en campant l’antagoniste du Old Boy de Park Chan-wook. Se rêvant en grand blockbuster Sci-fi, les limites budgétaires du long-métrage se font rapidement sentir. Les nombreux fonds verts apparaissent vieillot aujourd’hui, malgré l’envie de rendre cet univers le plus vivant possible. La majorité des séquences se déroulent en intérieur, ou dans d’étroites ruelles submergées par une pluie diluvienne, masquant ainsi toute profondeur de champ trop révélatrice.

Si le pitch vous fait penser au grand classique qu’est Blade Runner, rien d’illogique. En traitant de cyborgs amenés à péricliter rapidement, le long-métrage fait puissamment écho au chef d’œuvre de Scott, où la traque des androïdes fugueurs posait la réflexion de leur propre existence. Pas de larmes sous la pluie ici ou de réelle réflexion sur la condition de nos alter-ego métalliques, mais une mélancolie enivrante et touchante lors des dernières heures de Ria, danseuse réduite au silence, défectueuse, déjà en train de disparaître.
T’as la réf ?
Côté visuel, le film est un mélange d’influences assez jubilatoire, dans sa capacité à citer directement ses sources, tout en parvenant à y injecter une patte un tant soi peu personnel. Les affrontements de combattants revêtus de cuir ou d’armure lourdes citent évidemment Equilibrium et Matrix, dans leur façon d’abuser de ralentis et de figures acrobatiques. On pense encore une fois au classique de 1982 avec cette ville illuminée de néons, au design futuriste et peuplée de quidams étranges. On suspecte d’ailleurs fortement que les extérieurs furent tournés à Hong-Kong, une ville beaucoup plus cinétique en matière de codes cyberpunk que la Corée.
D’ailleurs, autre référence assez inattendue, celle des Anges Déchus de Wong Kar-wai. Cette errance romantique évoque furieusement ses personnages perdus, en quête perpétuelle de l’autre et d’affection dans son petit bijou de 1995. Notamment la célèbre scène en moto, plongeant les protagonistes dans un tunnel sans fin, aux éclairages presque pop. Et donc surprise que de voir cette séquence rejouée ici, usant des mêmes effets de flou et d’accélération, propres au style du cinéaste Hongkongais.
La durée excessive de presque 2h joue contre le récit, qui accuse une gosse baisse de rythme passée sa première demie-heure intrigante. Difficile de s’attacher aux personnages, taiseux, froids et distants, là où on aurait dû être en totale empathie pour cette histoire d’amour au destin funeste. Si le dernier acte lâche les chevaux lors d’un affrontement de haute volée, typique du savoir faire chorégraphique coréen, et que la résolution évite intelligemment le happy-end, on reste sur notre faim face au grand film cyberpunk émotionnel qu’aurait pu être ce Natural City.



