
Réalisateur : Stephen Sommers
Année de Sortie : 1999
Origine : États-Unis
Genre : Malédiction Égyptienne
Durée : 2h05
Le Roy du Bis : 7,5/10
Le Totem de Culte
Durant les années 90, l’Occident se (re)découvre une passion pour l’égyptologie. Cette fascination trouve son origine dans le caractère mystique que représente cette civilisation et ces monuments grandioses, dont les fonctions restaient nébuleuses pour le commun des mortels. L’imagination a donc pris le relais et ouvert la voie aux théories les plus folles. Le succès de Stargate, la porte des étoiles a prouvé que le public pouvait d’ailleurs se passionner du sujet même à travers le prisme de la science-fiction. Alors que les majors Hollywoodiennes remettaient certains monstres sacrés de leur catalogue à l’honneur (Dracula, Frankenstein), la Universal tentait de ressusciter la momie.
Plusieurs cinéastes de renom seront forts de proposition : Clive Barker, Joe Dante, George Romero. Même James Cameron s’attela au sujet durant quelques temps. Finalement, le choix du studio se portera sur Stephen Sommers (Un Cri dans l’Océan). Nanti d’un budget pharaonique de 80 millions de dollars, le réalisateur souhaite livrer un film d’action-aventure très spectaculaire mêlant comédie, horreur, et fantastique. Et alors que le phénomène Tomb Raider battait son plein (le 4ème opus vidéoludique sortant la même année se déroulait d’ailleurs en Égypte) et qu’un film avec l’actrice Angelina Jolie était en gestation, un nouveau héros allait sortir de son tombeau dans l’ombre d’un autre aventurier (Indiana Jones).
L’opiniâtre Rick O’Connell accepte d’accompagner une bibliothécaire dans la mythique cité d’Hamunaptra à la recherche de trésors enfouis. Mais les pilleurs de tombes réveillent accidentellement une antique momie et avec elle une terrible malédiction. Rick et Evy devront alors tenter d’empêcher Imhotep d’accomplir sa cérémonie sous peine de subir les 10 plaies d’Égypte. Avant de devenir un éléphant de mer (The Whale), Brendan Fraser incarnait un soldat de la Légion étrangère. Le comédien se livrera comme jamais dans cette interprétation, au point d’y laisser quelques vertèbres qui le tiendront éloigné du circuit plus d’une décennie après ses cascades et petites sauteries.

Exit la traditionnelle représentation du mort vivant enrubanné dans du papier WC. Sous le pinceau d’ILM, la momie sera réalisée en image de synthèse à l’aide de prises de vues réelles et de morphing. La Momie bénéficie des dernières avancées technologiques en la matière développées à l’occasion de Star Wars Episode 1 : La Menace Fantôme.
Plus de 25 ans après, les effets spéciaux n’ont rien perdu de leur puissance d’évocation, entre le morphing permettant la transformation d’Imhotep, une tempête de sable anthropomorphe, des nuées de scarabées voraces, des cohortes de légionnaires squelettiques, et des reconstitutions fastueuses de la cité égyptienne. Difficile de reprocher au film ses arrangements historiques tant ces incohérences alimentent l’imaginaire colonial, et placent ses héros face à un engrenage apocalyptique qu’ils ont eux-mêmes contribué à provoquer par ignorance et cupidité. L’intrigue répond donc aux velléités commerciales de ce blockbuster destiné à nous en mettre plein la vue.
Animé d’un esprit sérialesque, le film assume totalement son statut de série B à grand budget en s’éloignant de l’atmosphère gothique qui caractérisait jusqu’ici les précédentes productions et tentatives d’épouvants issue de la mythologie fantastique. Stephen Sommers n’hésite pas à casser les codes, et à rompre avec l’atmosphère horrifique préalablement distillée au sein de son décor funeste, grâce au style tout en dérision offert par l’ensemble de ses interprètes. Entre ses élans romanesques étayés par la composition orchestrale de Jerry Goldsmith, ses cavalcades dans le désert évoquant Lawrence d’Arabie, et ses séquences d’action ébouriffantes héritées des cascades de Buster Keaton et des films de capes et d’épées avec Errol Flynn, La Momie s’imposera en totem de culte dans cette révolution numérique.



