
Réalisateur : Greg McLean
Année de Sortie : 2013
Origine : Australie
Genre : Rando Meurtrière
Durée : 1h46
Le Roy du Bis : 7/10
Thibaud Savignol : 5/10
Chasseur Blanc, Coeur Noir
Les tueurs reviennent toujours sur les lieux de leurs crimes. Les réalisateurs aussi. Ce n’était qu’une question de temps avant que Greg McLean ne retrouve les terres arides de l’Outback pour une nouvelle traque haletante avec son chasseur emblématique interprété par John Jarratt. C’est l’histoire du survival, le cycle éternel de la furie mortelle.
Rien de bien nouveau dans l’Outback australien où Mike Taylor court toujours après les touristes, beatniks et va-nu-pieds souillant sa terre natale. Alors que le forcené tente de rattraper l’une de ses victimes, celle-ci trouve refuge auprès d’un automobiliste anglais. Le chasseur braque alors son fusil d’épaule pour s’intéresser à cette nouvelle cible providentielle… À ceux qui lui auraient précédemment reproché sa lente exposition (Wolf Creek), Greg McLean passe la seconde et démarre pied au plancher, conscient que le public connaît déjà la véritable nature du tueur ainsi que son modus operandi, consistant à sympathiser avec ses victimes pour mieux les mutiler.
Le cinéaste s’embarrasse moins de la relative suggestion qui faisait la moelle épinière de son premier essai, préférant lui briser la colonne vertébrale en versant dans le gore et la surenchère. Plus féroce et brutal que jamais, Wolf Creek 2 épouse donc le caractère psychotique de son antagoniste. Le film s’éloigne d’ailleurs largement du fait divers dont il s’était à l’origine inspiré, afin d’élaborer la mythologie d’un croquemitaine de légende. L’autorité n’est d’aucun secours face à cet ogre invulnérable possédant le droit de vie et de mort sur ses ouailles (le double homicide commis sur les forces de police).

Cette approche subversive beaucoup plus primaire répondant au traditionnel adage du «bigger and louder» lui permet de raviver la flamme et d’offrir une nouvelle orientation à ce survival sans concession. À mesure de ses meurtres très spectaculaires, le public prend un plaisir malsain à suivre les pérégrinations de ce monstre psychopathe agissant en régulateur, broyant des nuées de kangourous sous l’essieu de son camion en écoutant la musique du Roi Lion. Mais cet humour décapant ne saurait adoucir la violence écarlate et le sadisme perpétré à l’égard de ses victimes.
Afin de pallier le déficit narratif de cette séquelle, le réalisateur affiche une mécanique véloce et rutilante, rejouant le jeu du chat et de la souris du film Duel à travers une course poursuite motorisée. L’imprévisibilité du parcours laisse planer le doute sur cette opposition magnétique entre Taylor et sa proie. Si le récit semblait vouloir sortir des sentiers balisés en s’engageant dans un thriller routier complètement enragé, ce n’est que pour mieux se réfugier dans l’antre miteuse et cloisonné d’un torture porn, à l’aide d’un habile fondu au noir faisant intimement référence à la césure de ton opéré dans Wolf Creek premier du nom.
En cherchant à attribuer un mobile aux actes de son forcené, Greg McLean dresse une étude de caractère pataude reconnectant la franchise avec ses homologues du survival américain, jouant de l’écart civilisationnel entre le rural et le citadin. En effet, Mike Taylor présente de nouvelles facettes à sa personnalité abjecte, celle d’un bushmen vicieux, arrogant, xénophobe et réfractaire à tout dérèglement de l’ordre établi. Ces interactions sociales permettent de nous offrir une dernière partie aussi sadique que ludique. Mais c’est aussi en s’attardant sur les états d’âme de son principal interprète que le cinéaste tend à le démystifier aux yeux du public.



