
Réalisateur : Matthew Bright
Année de Sortie : 2000
Origine : États-Unis / Canada / Mexique
Genre : Conte sous-acide
Durée : 1h34
Le Roy du Bis : 5/10
En Roue Libre
Malgré l’interdiction aux moins de 17 ans imposée par la MPAA, le tonitruant Freeway avait paradoxalement réussi à se frayer un chemin entre le festival de Cognac, Sundance et les étagères des vidéoclubs, jusqu’à acquérir un statut de film culte. De quoi motiver son réalisateur, Matthew Bright, à replonger dans l’aventure avec une suite. Plus glauque, plus sordide encore que son prédécesseur, Freeway 2 repose lui aussi sur une fuite en avant, tout en proposant une relecture contemporaine sous acide d’un des contes les plus sombres de la tradition germanique : Hansel et Gretel. Amateur des œuvres de Sam Peckinpah et des récits policiers, Bright saisit ici l’occasion de placer un couple de fugitives lesbiennes au cœur d’un road movie sauvage et sanguinolent, quitte à perdre complètement le contrôle en cours de route.
Comme des Connasses
Natasha Lyonne, révélée dans American Pie et plus récemment dans la série Orange Is the New Black, succède à Reese Witherspoon dans le rôle d’une émo-goth boulimique et borderline, condamnée à 25 ans de prison pour une accumulation de délits mineurs. Très vite, les murs du pénitencier deviennent trop étroits pour Blanche Neige et sa codétenue Cyclona, qui décident de prendre la poudre d’escampette. S’engage alors une cavale vers le Mexique, jalonnée de beuveries, d’orgies et surtout, de tueries.
Avec Freeway 2, Bright cherche clairement à appuyer sur l’accélérateur et à pousser les curseurs du mauvais goût à leur paroxysme. Mais cette mécanique racoleuse, pensée pour choquer le bourgeois, finit par s’enrayer machinalement, non par manque de viscéralité, mais bien par absence d’idées neuves. Là où Freeway disséquait les pulsions d’une Amérique white trash ravagée de toute part, aussi bien au niveau institutionnel que dans ses classes les plus défavorisées, cette séquelle se contente d’humer l’odeur de l’hémoglobine, du vomi et de la chatte mal lavée avec une vulgarité un peu gratuite, voir même forcée (l’avocat véreux se faisant palucher par une prévenue dans un tribunal).
La séquence de l’habitacle qui servait autrefois de point de bascule dramatique dans la descente aux enfers de Vanessa sert encore ici de déclic. Mais le catalyseur émotionnel, lui, est en panne. Dans cet espace aussi cloisonné qu’un confessionnal, les deux femmes névrosées se livrent à cœurs ouverts sur leurs souffrances, leurs traumatismes et leurs humiliations communes. Victimes collatérales d’un système patriarcal oppressif, ces dernières se persuadent de mener une croisade misandre, bien décidées à racoler, dépouiller et massacrer tous les hommes qui tenteraient de les abuser, ou pas d’ailleurs.

Regorgitated Sacrifice
Le film repose ainsi presque exclusivement sur la dynamique dysfonctionnelle de ce couple de fugitifs. La filiation avec Hansel et Gretel n’est pourtant pas si évidente de prime abord, face aux errances de ses deux interprètes sauvageonnes se comportant comme les frères Gecko. Car entre ses situations scabreuses (du dégueulis, du sang, de la cyprine, et encore du vomi), ses noms d’oiseaux, les excès psychotiques de Maria Celedonio, et le numéro de travestissement de Vincent Gallo, Freeway 2 prend surtout des airs d’Une Nuit en Enfer sans la plantureuse Salma Hayek, sans les vampires de Tom Savini, et surtout sans la plume de Quentin Tarantino.
Heureusement, les cristaux de crack disséminés comme les pierres du Petit Poucet et certaines références plus ou moins appuyées au conte des frères Grimm nous remettent rapidement sur l’itinéraire d’une bonbonnière sentant le vice à plein nez. Mais ce festin pantagruélique débordant de sujets tabous (nécrophilie, viol, esclavagisme, pédophilie, cannibalisme) se déverse dans une bile narrative maronnasse dont se gorge le cinéaste pour écrire ses dialogues toujours aussi fleuris. Il faut toutefois reconnaître à Freeway 2 une atmosphère profondément dérangeante, presque hostile, qui trouve en partie son origine dans des conditions de production chaotiques.
Comme le confie Matthew Bright, le tournage s’est déroulé dans des circonstances tendues, entre un budget limité (600 000 dollars), un planning de tournage serré (20 jours) et des conflits permanents avec l’équipe. Version contestée par le producteur Samuel Hadida, qui évoque au contraire un budget plus confortable de 4 millions et assume un repositionnement marketing du film rebaptisé Freeway 2, pour capitaliser sur le succès du premier opus plutôt que de conserver son titre original, Confessions of a Trickbaby.
Privé de garde-fous, Oliver Stone et Danny Elfman s’étant fait la malle, il n’y avait plus personne pour brider le réalisateur. Ses déclarations ultérieures, teintées d’amertume, achèvent de brosser le portrait d’un cinéaste en totale roue libre : «Je ne pouvais pas virer qui je voulais. Les techniciens vont rester là, à lire des magazines ou à te faire un doigt. Comme si les démocrates avaient gagné toutes les élections depuis 2000 ans. Je sais que le pays n’existe pas depuis 2000 ans… mais c’est ça quand la gauche a les pouvoirs absolus… J’en suis arrivé à me dire que les Canadiens avaient besoin d’une dictature pour rétablir l’équilibre. Les autorités et la protection de l’enfance nous tombaient dessus en permanence… ».
Pas de doute qu’avec une telle analyse, le Trumpisme avait de beaux jours devant lui. Initialement envisagée comme une trilogie, avec un troisième volet inspiré des Trois petits cochons, la saga s’arrêtera finalement sur cette sortie de route aussi brutale qu’inévitable.



