
Réalisateur : Matthew Bright
Année de Sortie : 1996
Origine : États-Unis
Genre : Conte sous-acide
Durée : 1h50
Le Roy du Bis : 7/10
Sortie en 4k et Blu-ray chez Metropolitan / Seven7 le 24 avril 2026
La Belle et la Bête
Genre pétasse dévergondée, Reese Witherspoon interprète un petit chaperon rouge pour le moins désinvolte dans Freeway. La minette à l’affiche de Fear, la même année où elle succombait au charme d’un «Marky Mark» Wahlberg aux excès psychotiques, tentait de casser son image de fille à papa en martyrisant Kiefer Sutherland dans le rôle du grand méchant loup. Ce thriller réalisé par Matthew Bright, scénariste du Réducteur de têtes du frangin Elfman (Richard pour les intimes), suivait opportunément le sillage tracé par son producteur Oliver Stone avec Tueurs nés. Mais le couperet de la MPAA lui coupera la priorité, contribuant paradoxalement à forger sa réputation sulfureuse sur les voies impénétrables des festochs et vidéoclubs de la belle époque.
L’âge Rebelle
Dans cette relecture barge et trashouille du conte de Charles Perrault que l’on aurait défloré sans son consentement et surtout sans capote, le rite initiatique prend des airs de véritable descente aux enfers. Vanessa Lutz, une cleptomane insolente et opiniâtre adepte de l’école buissonnière, tente d’échapper aux mains baladeuses d’un beau-père proxénète (Michael T. Weiss le Caméléon de la série éponyme) pour retrouver sa grand-mère. Mais à la suite d’une mauvaise rencontre sur l’autoroute, la jeune délinquante va peu à peu perdre son innocence…
Le réalisateur place son petit chaperon rouge dans une cellule familiale dysfonctionnelle et troque la forêt noire pour une sinistre banlieue peuplée de dealers, de camés et de prostituées, tout en forçant parfois un peu (beaucoup) trop la filiation avec son penchant littéraire : le dessin animé introductif, le tatouage de l’héroïne, le petit panier en osier, la couleur rouge dominante, le travestissement du tueur. Le film prend ainsi des allures de revenge movie violent et dépravé, abordant de nombreux sujets tabous (racisme, prostitution, pédophilie, inceste, viol, nécrophilie), à travers une série de situations scabreuses et de dialogues obscènes et orduriers.

La relation entre Vanessa et Bob Wolverton constitue ainsi le cœur vénéneux du film. Dans une scène étouffante, construite sur une succession de gros plans intrusifs, Kiefer Sutherland déploie toute la perversité de son personnage, tentant de retourner le cerveau de sa victime avant de révéler sa vraie nature. Cette confrontation malsaine, où tension sexuelle et violence psychologique s’entremêlent, illustre parfaitement l’ambiguïté morale du film. Car Vanessa n’est pas seulement une victime, elle est aussi le produit d’un environnement toxique qui l’a déjà brisée.
« La Limite du Supportable »
Comme le soulève cette psychanalyse de comptoir opérée dans l’habitacle du maniaque, Vanessa n’en est pas à sa première agression sexuelle (la tentative de viol avortée en maison d’accueil et les abus sexuels de son beau-père), et n’en est d’ailleurs pas à sa dernière (le pelotage d’une codétenue lors de son passage en prison). Ces révélations participent à brouiller les lignes entre innocence et corruption. En ce sens, Freeway développe une réflexion trouble sur la sexualisation précoce et la violence intériorisée, sans jamais offrir de véritable échappatoire.
Si l’on ne peut occulter une forme de complaisance morale de la part du réalisateur, versant allègrement dans le misérabilisme le plus outrancier, Freeway dépasse néanmoins le cadre du thriller racoleur. En effet, le film verse dans la pure fable sociale en dressant le portrait corrosif d’une Amérique des bas quartiers soumise au joug d’un pouvoir institutionnel défaillant. Les classes populaires, les marginaux et les minorités (Chopper, le petit ami de Vanessa) sont livrés à des prédateurs qui, à l’image du personnage de Wolverton, savent manipuler l’opinion et se victimiser auprès des médias.
Dans ce monde sans repère, Vanessa n’a d’autre choix que d’adopter les codes de la brutalité pour survivre. Considérée comme une «bâtarde», un «urinoir humain», un «trou à bites» ou bien encore un «rebut de l’humanité» (pour reprendre le langage fleuri du film), elle ne peut s’imposer qu’en devenant elle-même plus impitoyable que la meute de loups qui l’entourent. Et c’est peut-être là que Freeway dérange le plus, dans cette idée que, pour s’émanciper, il faut accepter de devenir plus féroce que la pire des bêtes.



