
Réalisateur : Rod Blackhurst
Année de Sortie : 2025
Origine : États-Unis
Genre : Slasher Vintage
Durée : 1h23
Thibaud Savignol : 5/10
Sortie en salles : 1er avril 2026
Barbie selon Hooper
L’éditeur, ou plutôt ici le distributeur ESC, a bien su vendre sa nouvelle pépite, qui n’en est finalement pas vraiment une : tournée des festochs, trailer bandant et valorisation d’une interdiction aux moins de 16 ans. Sur ce dernier point au moins, les types du marketing n’ont pas menti. Glauque voire carrément malsain à certaines occasions, le long-métrage n’est pas avare en effets chocs et autres mises à mort gorasses. Mais bon, une ambiance putride, un grain 16mm prononcé et quelques giclées bien appuyées ne font pas tout.
La bicoque dans les bois
Pas un ratage complet, Dolly apparaît surtout comme un rendez-vous manqué, à l’heure où le cinéma horrifique hardcore a de nouveau sa place dans nos multiplexes. Partant d’un pitch simple au possible, mais permettant moult choix narratifs, le réalisateur Rod Blackhurst (le célèbre Amanda Knox sur Netflix) prend le parti du coaster sensitif. Une maison isolée au milieu des bois où la jeune Macy est kidnappée, pour servir de faire-valoir émotionnel à une femme au masque de poupée monstrueuse, qui se rêve en figure maternelle. Une intrigue rongée à l’os, promettant un duel en quasi huit clos 1h20 durant.
Ce qui marque d’entrée la rétine c’est cette impressionnante boogeywoman, interprétée par la catcheuse Max the Impaler. Nouvelle antagoniste au potentiel dément de par sa carrure, mais surtout à travers son ambiguïté permanente, elle incarne complètement ce corps difforme à l’esprit enfantin. Dolly n’est qu’une gamine traumatisée par la mort de sa mère, fascinée par les poupées et souhaitant par dessus tout créer une nouvelle unité familiale. Dès lors, chacune de ses interventions, plus souvent maladroites que létales, installent un malaise diffus, pris entre une certaine empathie et le rejet de ses méfaits.

Par cet angle purement maternel, Blackhusrt s’amuse à détourner les codes pour choquer son public. Lorsque Macy refuse le biberon de lait moisi, elle doit alors se repaître directement au sein de sa nouvelle «génitrice». Le lieu devient dès lors une maison de poupées taille réelle, celles grandeurs natures remplaçant leurs homologues de porcelaine. Et sur ce point le long-métrage parvient à tirer son épingle du jeu.
Tout respire la crasse, la saleté et le malaise. Le décor est dans un état de décrépitude totale, les mets périmés s’amoncellent à en respirer la moisissure ambiante. Si l’aspect 16mm a été commercialement mis en avant, il faut bien reconnaître qu’il sert le propos. L’image est granuleuse, pauvre en information, bien moins clinique qu’un rendu numérique. Une sorte de réalité cauchemardesque s’imprime, décuplée par quelques plans stylisés et des séquences brutales.
Un oeil dans le rétro
Pourtant, la mécanique s’enraye à plusieurs reprises. Malgré sa durée réduite, une répétition s’installe. Les sévices s’enchaînent, manquent de rythme, ou plutôt de changement de rythme. Peut-être aussi la trop grande déférence à ses modèles nuit à une réelle originalité. Oui Massacre à la tronçonneuse est là, tout comme Détour Mortel et autres slashers survivalistes de la sainte décennie eighties.

Mais étonnamment (ou pas vraiment), entre ces poupées et une horreur aussi frontale, on pense à nos petits frenchies du début du siècle, et à ce que la presse anglo-saxonne a tendrement nommée : la French Extremity Films. Car comment ne pas voir les réminiscences de Ghostland, à travers cette relecture d’un conte cruel et une Dolly en miroir de la sorcière du film de Laugier. Et même le très gore Frontières, avec cette fille capturée puis bichonnée façon poupée car amenée à intégrer la famille des néo-nazis.
Alors oui, la ref pour la ref, c’est déjà un peu limite et stérile, mais le gros problème concerne davantage les péripéties du script. Entre les retournements téléphonés et les multiples situations vues et revues dans un slasher, en y plongeant les deux pieds dedans, difficile de totalement adhérer à Dolly. Sur le sprint final, on croirait presque à une parodie du genre (tiens tiens que je vais aller récupérer un objet sur mon bourreau qui semble mort mais qui ne l’est sûrement pas).
Au final Dolly convie une ambiance poisseuse, des excès gores réjouissant et une boogeywoman à en devenir (le masque est réellement génial). Mais il tourne aussi en rond, manque d’émotion, d’une écriture plus rigoureuse, et se contemple peut-être un peu trop le nombril. Une suite/préquelle est déjà annoncée au vu des retombées financières du long-métrage et grâce à ses passages réussis en festival. Pour sûr que si elle gomme les carences narratives de son aîné, elle saura s’élever sans problème au-dessus de la mêlée



