
Réalisateur : Andrew Jones
Année de Sortie : 2017
Origine : Royaume-Uni
Genre : Poupée Hantée
Durée : 1h24
Thibaud Savignol : 5/10
« Au revoir Shoshanna ! »
Ah, que la Seconde Guerre Mondiale fut génératrice d’imaginaires horrifiques fertiles depuis 80 ans. Du petit classique reconnu (La Forteresse Noire de Michael Mann) à la bisserie dégénérée vintage (Ilsa, la louve des SS) ou récente (Frankenstein’s Army), cette période n’a cessé d’infuser le cinéma de genre. Si certains ont tendance à l’oublier aujourd’hui, les nazis constituent bien des antagonistes maléfiques indiscutables. Ce crédo, David DeCoteau, sous l’égide du magnat Charles Band, l’avait à son tour investi en 1991 avec son Puppet Master III, sûrement le meilleur opus de la saga.
Avant de partir filmer de jeunes éphèbes imberbes dans des poses affriolantes à la pelle, le réalisateur américain avait mis en scène le sombre destin d’André Toulon. Ayant trouvé la formule permettant de donner vie à ses créations de bois, le marionnettiste se voyait pourchassé par les services secrets allemands et sa femme assassinée ; sa revanche ne pouvait être que terrible. Avec The Toymaker, Andrew Jones repompe en grande partie le film culte de Decoteau pour le retourner à sa sauce, c’est à dire sans argent, sans talent et où tout le monde parle anglais avec un horrible accent allemand.
Après qu’un manuscrit mystique ait échappé aux mains des nazis, Amos, fabricant de poupées, le récupère et peut ainsi donner vie à ses amis inanimés.

Mais étonnamment, en biaisant la trajectoire initiale de sa saga (du slasher fantastique contemporain), Jones parvient sans doute lui aussi, à signer le meilleur épisode de sa saga. S’éloignant des poncifs habituels, il trouve un certain souffle, une dramaturgie nouvelle qui lui permet de bonifier son lore. Si les trois décors, deux figurants et quatre costumes d’officiers allemands le contraignent à du quasi huit clos constant, il en tire la tension nécessaire pour mener son récit à terme.
Il préfère en premier lieu s’intéresser à la traque pour l’ouvrage recherché. Et de singer cette fois-ci la célèbre séquence introduction du Inglorious Basterds de Tarantino, où un officier du IIIe Reich se rendait chez un paysan français pour y débusquer des juifs cachés sous le plancher. Rebelote ici en plusieurs actes dans la campagne allemande ; d’abord un succès, le procédé est ensuite rudement mise à l’épreuve. Une demie-heure toute en tension mais beaucoup trop longue lorsqu’on a pas le même talent pour l’écriture des dialogues.
Une façon artificielle d’étirer la durée pour frôler les classiques 90 minutes de projection. Démarre alors la vraie histoire d’Amos, persécuté pour sa créativité et son abnégation. Si Lee Bane souffre d’un des maquillages de vieillard les plus cheaps et affreux de la décennie (filmé en pleine lumière on distingue chaque couche), son surjeu s’inscrit dans la foire à la saucisse générale. Les acteurs en roue libre (l’officier nazi, un régal de sadisme over the top) débrident une narration toujours aussi molle et première degré, combinés à une multiplicité de poupées dans un opus qui lâche enfin les chevaux.
Légèrement mieux éclairé et filmé que ses prédécesseurs, The Toymaker s’apprécie pour son pas de côté, même si il n’est en soi qu’une redite de longs-métrages plus glorieux. La figure tragico-grotesque d’Amos, dans la lignée de celle d’André Toulon, amène une plus-value indéniable à l’œuvre, qui se pare d’un climax pour une fois réussi en tout point (montée de tension et explosion de violence cathartique). Même un siècle plus tard, dessouder du nazi c’est toujours une bonne idée.



