
Réalisateur : David DeCoteau
Année de Sortie : 2003
Origine : États-Unis
Genre : Folles du Volant
Durée : 1h25
Le Roy du Bis : 4/10
Vilebraquemard
Dans les années 2000, la société Rapid Heart Pictures de David DeCoteau s’emballe grâce au partenariat particulièrement lucratif noué avec la chaîne de vidéoclubs Blockbuster. Dans le sillage encore fumant de Fast and Furious, le réalisateur passe la seconde, bien décidé à livrer sa propre vision désargentée des courses clandestines : sans tuning, sans vitesse, sans cabrioles, mais avec une confrérie de jeunes éphèbes adeptes des messes noires et des moule-burnes.
Dans Speed Demon, les jeunes hommes bodybuildés ne portent ni maillot, et parfois même pas de pantalon, mais des breloques aux pouvoirs surnaturels. Lorsque Jesse découvre que ses anciens amis sont passés sous l’influence d’Otto (et non de l’auto), un gourou de la vitesse versé dans l’occultisme, il se retrouve malgré lui entraîné dans une lutte de pouvoir où les règlements de comptes se règlent sur l’asphalte à coup d’accélérateurs, de talismans sacrés et de rituels ésotériques. Car ici, les pilotes n’injectent pas de nitro dans leurs bolides mais carburent à la magie noire.
Les courses-poursuites testostéronées de Fast and Furious laissent ici place à un bouillonnement hormonal, et volontiers exhibitionniste. Certes, un pilote démoniaque en cuir noir surgit bien de temps à autre pour éliminer méthodiquement les sbires d’Otto, mais les seuls véritables dérapages que s’autorise David DeCoteau se situent au niveau du calbute (et non du culbuteur). Ce n’est plus le vilebrequin, mais le vilebraquemard ! Dans l’univers beauf et macho de la course clandestine, Speed Demon introduit une dimension homo-érotique si appuyée qu’elle finit par faire tâche.

Les mâles en chaleur s’invectivent et s’enduisent le torse d’huile de vidange bien cancérigène pour «se purifier» lors d’étranges liturgies. Le public hétéro davantage porté sur l’action se sentira quelque peu échaudé face à si peu de pudibonderie et de virilité. Le problème, c’est que cette déviance stylistique ne s’accompagne jamais d’une véritable injection d’adrénaline. Les acteurs marchent au ralenti et prennent la pause comme dans un clip musical.
Les scènes s’étirent, les dialogues sonnent creux, et les rares confrontations sont plombées par un montage elliptique et des effets indigents, qui peinent à susciter le moindre sentiment de frisson. Malgré une bande-son saturée de morceaux de métal censés dynamiser l’ensemble, le film s’enlise dans une mécanique ronflante et soporifique. Toujours est-il que DeCoteau filme ses ruines industrielles et zones sinistrées comme des terrains de jeu abstraits à travers son format scope. Mais cette austérité visuelle, loin de créer une atmosphère, renforce surtout l’ennui et l’étrangeté involontaire de cette modeste cylindrée.
En cherchant à fusionner film de course et le slasher pour teenagers, Speed Demon ne choisit jamais vraiment son rapport de vitesse et finit par caler lamentablement face aux nombreux tics de mise en scène du cinéaste et à sa fascination insistante pour les corps masculins. À réserver à ceux qui préfèrent les séances de poses en caleçon aux caisses et aux gonzesses.



