
Réalisateur : David DeCoteau
Année de Sortie : 2003
Origine : États-Unis
Genre : Sangsues Mutantes
Durée : 1h28
Le Roy du Bis : 6.5/10
Thibaud Savignol : 5/10
In too Deep
Il n’y a sans doute que les cinéphiles de bon goût pour savourer un David DeCoteau de derrière les fagots. Cinéaste notoirement associé à un érotisme sous-jacent à peine voilé, DeCoteau profite ici de ce remake opportuniste de L’Attaque des sangsues géantes (Bernard L. Kowalski, 1959) pour livrer une véritable synthèse de ses obsessions, et sans doute l’une des expressions les plus pures de son cinéma.
Sea, Sex and Blood
Les DTV produits avec sa société Rapid Heart Pictures ont rencontré un franc succès auprès de la communauté LGBT. Il s’agit bien souvent d’une horreur destinée à des teenagers sexuellement troublés, dont les hormones débordent plus que le chlore de la piscine. Les critères de sélection pour tourner dans un film de David DeCoteau demeurent inchangés : être jeune, beau, bien foutu, et idéalement avoir une précédente expérience dans le milieu du cinéma porno ou bien accepter de faire tomber le haut.
Car Leeches, comme souvent chez lui, revient avant tout à filmer une ménagerie de jeunes mâles musclés et bronzés faire du crawl, barboter dans les eaux croupies de la Scance ou s’invectiver comme de gentils petits hétéros normés, le tout baignant dans une ambiance érotico-gay particulièrement chargée. Le film s’inscrit à merveille dans le courant de cette vague post-MTV, avec la représentation de cette jeunesse dévoyée, biberonnée au pop-rock, faisant la fête en maillot au bord d’un lac, à siroter de la Despé.

Sur ce campus, le sport le plus populaire n’est pas le football et encore moins le basket, mais bien la natation, prétexte rêvé pour filmer ces apollons torse-nu, auxquels viendront bientôt s’agripper de gigantesques sangsues affamées. Les préoccupations ne sont ni les examens ni les filles, mais la compétition à venir, sous la férule d’un professeur de sport despotique qui exerce une pression délirante sur ses poulains. Le leader du groupe, lui, a déjà perverti ses coéquipiers en les initiant aux stéroïdes, consommés sans la moindre modération. La crainte de voir ses testicules se ratatiner n’est pourtant rien comparée à celle d’un gant de toilette carnassier prêt à vous boulotter le prépuce.
Lorsqu’un membre de l’équipe est retrouvé inanimé au bord de la jetée, après avoir ingéré une forte dose d’EPO et s’être accessoirement fait sucer à mort, la menace d’un contrôle antidopage plane sur tout le groupe. Une perspective qui ne plaît guère à l’entraîneur, lequel arrondit ses fins de mois en vendant lui-même le yeyo. Tentant d’échapper au dépistage, les nageurs balancent les produits dans le siphon des douches communes, sans se douter qu’ils vont ainsi provoquer la mutation d’une faune aquatique devenue prédatrice.
It Sucks
Difficile de ne pas voir dans ces créatures une métaphore phallique évidente. Libre à chacun d’y lire une œuvre sur l’orientation sexuelle d’adolescents déboussolés par leurs hormones, mettant à mal une hétérosexualité de façade. D’autres se contenteront d’y voir une série B cradingue à base de sangsues mutantes. Mais DeCoteau aime injecter à ses récits un second degré de lecture, certes peu subtil, comme dans The Killer Eye, où le voyeurisme du spectateur était mis en abyme par une créature libidineuse se rinçant l’œil au sens propre comme au figuré. Chez lui, fantastique et érotisme font toujours bon ménage, et Leeches ne déroge pas à la règle.

La mise en scène des meurtres est à ce titre particulièrement explicite. La première victime glisse dans les douches, se cogne la tête, puis subit une pénétration buccale par une sangsue géante qui se nourrit de son “miel intime”. Difficile de ne pas y voir une fellation forcée. La seconde est attaquée sur son lit par plusieurs spécimens dans ce qui ressemble furieusement à un gangbang, évoquant un bukkake sanglant où les créatures s’abattent sur son visage comme autant de biffles visqueuses.
Ces bestioles, qui ressemblent davantage à des spermatozoïdes qu’à des annélides, cherchent d’ailleurs à disséminer leur progéniture dans les vestiaires, lieu de sociabilité masculine par excellence, où les corps se frôlent nus ou en petite tenue. Les meurtres sont filmés comme de véritables orgasmes visuels, à coups de flashs elliptiques, de montage clipesque et de métal hurlant en fond sonore, accentuant le caractère délirant de ce nanar pleinement assumé.
Conscient de la ringardise de ses effets, DeCoteau en abuse sans retenue, fidèle à une constante de sa filmographie : une mise en scène académique, parfois ronflante, mais toujours soignée (format scope). Il la dynamite artificiellement à coups de stroboscopes afin de simuler une atmosphère horrifique et tempétueuse (Final Scream, Castle of the Dead, Talisman), et l’accompagne de roulements de tonnerre, hérités de sa passion pour les films de la gothique Hammer.
Ici, ces artifices ne font qu’accentuer le caractère potache de la situation, tant la créature caoutchouteuse se contente de frétiller frénétiquement la queue sur le corps de ses victimes. Et pourtant, on se laisse volontiers distraire, parfois même surprendre par un twist final révélant l’identité du grand génie du mal derrière l’infestation. Avec le recul (plus de vingt ans déjà), et après avoir parcouru une large part de sa prolifique filmographie, on peut avancer sans trop de risque que Leeches figure parmi les DTV les plus funs et symptomatiques de David DeCoteau.



