
Réalisateur : Peter Hyams
Année de Sortie : 1994
Origine : Canada / États-Unis / Japon
Genre : Flic du Futur
Durée : 1h39
Le Roy du Bis : 6/10
Sortie 4K UHD et Blu-ray le 17 septembre 2025 chez ESC Films
Le Grand Écart
À l’occasion de la sortie blu-ray 4K de Timecop chez ESC, L’Écran Barge réalise pour vous un grand écart dans le temps afin de revenir sur le plus grand succès de la carrière de Jean-Claude Van Damme, véritable madeleine de proust des fans de l’apollon belge. Cette série B adaptée d’une bande dessinée fut un point de bascule dans sa carrière, car si les vainqueurs écrivent l’histoire, il arrive également que les stars tombent violemment de leur piédestal.
La Petite Histoire
En 2004 (le futur à l’époque) le voyage dans le temps est désormais rendu possible et profite à une petite frange cupide désireuse de s’en mettre plein les fouilles. Afin d’éviter tout dérèglement du continuum espace temps, une force de police est chargée d’empêcher les perturbations susceptibles de troubler l’ordre mondial établi. Mais lorsqu’un sénateur véreux tue sa femme et tente d’envoyer des émissaires dans le passé afin d’arriver au pouvoir, l’agent Max Walter se retrouve face à un terrible dilemme moral risquant de modifier le cour du destin.
De ce postulat science-fictionnel ambitieux et prometteur, le réalisateur livre une série B musclée dans laquelle l’acteur belge bande les muscles et dérouille du politicard et des punk à chiens à tire-larigot, tout ça sur fond d’une intrigue complotiste. Pour pallier aux limites budgétaires de l’entreprise, Peter Hyams se cantonne à l’évocation de quelques rares époques (guerre civile, années 30), condamnant le récit à s’épanouir en 1994. Avec son affreuse coupe au mulet, son caractère taciturne et sa barbe mal rasée, JCVD interprète le rôle du flic intègre et déterminé à empêcher les malfrats de gonfler leur compte épargne en spéculant sur les actions et malversations. Face à lui, Ron Silver (The Arrival) épouse le carcan stéréotypé du corporatiste cupide sans pitié ni état d’âme.

Peter Hyams (2010 L’Année du Premier Contact, Outland… Loin de la Terre) se dépatouille comme il peut avec ce film de commande produit par Sam Raimi, reprenant un melting-pot d’influences qu’il intègre à une intrigue linéaire afin de constituer sa propre vision d’un futur dystopique. Les portails de téléportation sphérique par lesquels sortent les voyageurs semblent directement hérités de Terminator. Le véhicule permettant de voyager dans le temps s’inspire des travaux de Robert Zemeckis et Bob Gale sur la DeLorean de Retour vers le Futur. La station abritant l’appareil et sa structure évoque Stargate La Porte des Étoiles. Tandis que le flic du futur de Trancers (Tim Thomerson) jouissait d’un train d’avance sur celui de Timecop, à qui il manquait le trenchcoat et l’art de la rhétorique. Mais le charisme, cela ne s’achète pas.
La Rançon de Gloire
Afin d’éviter les incohérences scénaristiques et paradoxes liés au voyage temporel, le cinéaste établit des règles simples, telles que l’impossibilité de voyager dans le futur. De plus, une même entité ne peut pas occuper un espace commun sans finir liquéfier dans un amas de CGI informe. En privilégiant les effets pratiques aux images de synthèse (à quelques exceptions près), le film a plutôt bien résisté à l’épreuve du temps, notamment grâce une mise en scène au cordeau et à une patine visuelle n’ayant pas pris une seule ride.
Bien que les séquences d’action soient plutôt bien chorégraphiées (fusillades, cascades, empoignades musclées), cet actionner science-fictionnel manque d’ampleur et de subversion pour concurrencer les blockbusters mieux huppés de sa catégorie (True Lies, Last Action Hero). Contre toute attente, Timecop va néanmoins dégager de jolis profits au box-office avec plus de 100 millions de dollars de recettes. Face à un tel succès, difficile de garder les pieds sur terre pour JCVD. Hors sol, le comédien pensait péter dans des draps en soie, manger du caviar à la louche et fouler nonchalamment le tapis rouge après avoir posé de la moquette durant des années. À force d’en inhaler les émanations, tout cela avait dû lui monter à la tête aussi rapidement que ses rails de coke.
Après avoir orchestré le casse de l’année, le belge allait donc peu à peu goûter à la rançon de gloire. Car à mesure de ses frasques, caprices et excès, l’acteur allait rapidement finir blacklisté après avoir refusé un pont d’or de la Universal (12 millions) sous prétexte que ce n’était pas assez. S’il avait la possibilité de voyager dans le temps, nul doute que Van Damme ne referait certainement pas les mêmes erreurs. Après avoir côtoyé de près la sphère Hollywoodienne, le comédien fut rapidement relégué au bagne des DTV, devant pistonner les réalisateurs Hong-kongais (Tsui Hark, Ringo Lam, John Woo) pour pouvoir retrouver un peu de la lumière des projecteurs. Le reste appartient à l’Histoire du 7ème art.



