[Critique] – The Burning Moon


The Burning Moon affiche film

Réalisateur : Olaf Ittenbach

Année de Sortie : 1992

Origine : Allemagne

Genre : Splatter Underground

Durée : 1h38

Le Roy du Bis : 9/10
Thibaud Savignol : 7/10


Hell Inferno


Le Jugement Dernier

À l’époque, les allemands ne rigolaient pas avec ce type de divertissement apparenté à une forme de dépravation. Abordant des sujets aussi graves que tabous (meurtre, nécrophilie, infanticide, cannibalisme), le splatter underground allemand se faisait l’écho d’un spectre pas si lointain, que le gouvernement à peine réunifié (la chute du mur de Berlin ne date que de 1989, on le rappelle) n’avait semblerait-il pas encore tout à fait digéré. Tout au long de sa filmographie, Olaf Ittenbach cultivera le feu sacré envers et contre toute forme de procès, témoignant d’une passion ardente et d’une flamme dévolue au cinéma de genre. Précédé d’une réputation sulfureuse, The Burning Moon constitue son manifeste ultime, un brûlot consumant la sacro-sainte famille dans un bain d’acide sulfurique. 

Tous les plus grands réalisateurs dignes de ce nom se sont un jour retrouvés confrontés à la difficulté de réaliser un deuxième long-métrage. Si on peut pardonner quelques errances approximatives, des références trop appuyées, un rythme indolent et autres erreurs de débutant, les attentes demeurent toujours plus importantes lorsqu’il s’agit du second. Produit pour un budget d’environ 50 000 deutsche marks, The Burning Moon se présente comme une anthologie, portant le splatter underground allemand dans les cimes de l’horreur domestique. À travers ses histoires sanglantes, le cinéaste souhaite montrer qu’aucune institution, fusse t-elle familiale ou religieuse, ne peut nous protéger de la violence du monde.

The Burning Moon critique film

Si Olaf Ittenbach n’a rien d’un grand dramaturge, ses effets de mise en scène (brume occulte, éclairages argentesques, grue et mouvements de caméra) lui permettent de composer une atmosphère lugubre et macabre en accord avec le ton résolument nihiliste du film. Contrairement à ses homologues américains, The Burning Moon ne propose aucune transition reliant ses différents sketchs. En résulte cette étrange impression de visionner un kaléidoscope de mises à mort cruelles et barbares, reliées par un fil narratif digne d’un sordide fait divers.

Un adolescent tourmenté décide de raconter des histoires à sa petite sœur pour la terrifier au moment de se coucher. Entre ses règlements de comptes organisés entre bandes rivales et les errances d’une jeunesse dévoyée (consommation de drogue et d’alcool), Olaf Ittenbach semble vouloir offrir au comité de censure l’image fantasmée d’une génération pervertie, que la pleine lune transforme en monstres assoiffés de sang.

Les Contes Cruels de la Jeunesse

La première histoire place une jeune femme aux prises d’un fou évadé de son asile psychiatrique. Après être tombée follement amoureux de sa victime, le forcené va chercher à décimer jalousement l’ensemble de son entourage familial. Ce slasher assez classique dans sa forme fait néanmoins preuve d’une sauvagerie inouïe. Olaf Ittenbach met à l’amende la plupart des maquilleurs professionnels de série B Hollywoodienne, grâce à une connaissance accrue de l’anatomie humaine et un soin maniaque porté sur ses sujets d’expériences qu’il se complaît à massacrer de toutes les manières possibles. 

The Burning Moon critique film

The Burning Moon propose une compilation morbide et sanguinolente qui dépasse l’entendement : décapitations, démembrements, immolation par le feu, sévices et châtiments corporels, écartèlement, fraisage de gueule, éviscération ou encore trépanation des dents et du cerveau… Olaf Ittenbach fait preuve d’une rare complaisance, repoussant les limites bien au-delà du raisonnable. 

La seconde histoire effectue un bond dans le temps, et prend pour cadre un patelin reculé de l’Allemagne profonde. Un prêtre sataniste viole et tue les femmes de la région entre deux sermons. Les suspicions de la communauté vont alors se porter sur l’idiot du village subissant la vindicte populaire. Dans la description de ce monde rural et pittoresque (entre La Longue Nuit de L’Exorcisme de Lucio Fulci et Les Chiens de Paille de Sam Peckinpah) se niche une violence brutale, où les péquenauds et culs terreux se relaient pour lyncher copieusement leur homologue qu’ils soupçonnent à tort de fomenter ces meurtres. 

La musique mélodramatique tend à accentuer le calvaire de ce pauvre hère, et à mettre au supplice le public par l’extrême cruauté dont fait preuve son bourreau. Tout le film semble ainsi contaminé par un état de frustration et de colère qui finira par culminer dans une représentation macabre de l’enfer, qui ne sera jamais égalée depuis, avant-goût funèbre de ce que nous réserve la damnation éternelle. Une vision infernale de l’au-delà qui nous abandonne à un cauchemar aussi effroyable qu’inaltérable. Évidemment, The Burning Moon est réservé uniquement à un public averti.

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