
Réalisateur : Louis Morneau
Année de Sortie : 2003
Origine : États-Unis
Genre : Serial Auto-stoppeur
Durée : 1h33
Le Roy du Bis : 4/10
Hellroad
Dix-sept ans. C’est le temps qu’il aura fallu attendre avant que Hitcher ne tente un retour, aussi tardif qu’hasardeux, sur les routes brûlantes de l’Amérique. Une attente interminable, qui donne à cette suite l’étrange impression de nous avoir fait le coup de la panne. Robert Harmon, occupé à la production de Highwaymen, préféra céder le volant à Louis Morneau, artisan prolifique de la série B (Retroaction, Carnosaur 2, La Nuit des chauves-souris), chargé de reprendre une voie déjà balisée et de suivre peu ou prou le même itinéraire.
Le scénario choisit d’exploiter frontalement le traumatisme originel. Jim Halsey, survivant du premier film, n’a jamais tourné la page. Devenu policier, il souffre de troubles post-traumatiques persistants et entreprend un voyage avec sa femme dans l’espoir d’exorciser ses démons. L’introduction va dans ce sens, suggérant un homme fragile, hanté par ses souvenirs, au bord de la rupture. Mais cette tentative de continuité psychologique ne tarde pas à basculer vers une nouvelle traque, relancée par l’apparition d’un auto-stoppeur psychotique semant fusillades et embardées meurtrières sur son passage.
Conscient du poids de l’héritage, Louis Morneau s’efforce d’instaurer une atmosphère mortifère sur ces routes désertes du sud des États-Unis, jonchées de carcasses rouillées et vidées de toute présence humaine. Le chef-opérateur George Mooradian baigne les paysages dans des filtres sépia et des contrastes monochromatiques, donnant au décor des allures de purgatoire peuplé d’âmes damnées. Visuellement, le film tente de retrouver une forme de sécheresse crépusculaire, mais l’esthétique finit par se substituer à la mise en tension réelle du récit.

Car là où Hitcher flirtait avec l’allégorie, faisant de John Ryder un spectre omnipotent, peut-être issu de l’esprit fracturé de Jim, Hitcher II choisit, au tiers de son parcours, de renoncer à toute ambiguïté. Le doute psychologique est donc abandonné sur le bas-côté au profit d’une traque frontale entre un homme et une femme, où l’efficacité des scènes d’action est censée prendre le relais de la suggestion. Malheureusement, le rapport de force ne tient pas longtemps la route. L’affrontement entre Kari Wuhrer et Jake Busey manque cruellement d’alchimie et d’intensité, échouant à égaler la confrontation mythique entre C. Thomas Howell et Rutger Hauer.
Malgré quelques échanges armés et une confrontation spectaculaire entre un semi-remorque et un avion, l’exécution reste trop scolaire pour susciter le moindre frisson. Ce qui faisait la force du film original (sa tension sèche, son sentiment de menace permanente, sa folie rampante) se dissout ici dans une succession de scènes appliquées mais sans âme. Le suspense ne décolle jamais vraiment, et le voyage ressemble davantage à un mirage du passé qu’à une véritable virée infernale.
Hitcher II : Retour en Enfer n’est cependant pas un désastre total, mais un film condamné à rouler sur les traces de son illustre prédécesseur. Une suite qui confond hommage et répétition, et qui rappelle une vérité essentielle du road movie : ce n’est jamais la destination qui compte, mais toujours le chemin parcouru, et les détours mortels surtout…



