
Réalisateur : John Erick Dowdle
Année de Sortie : 2007
Origine : États-Unis
Genre : Dans La Tête Du Tueur
Durée : 1h26
Le Roy du Bis : 6/10
Thibaud Savignol : 6/10
Les Vidéos Interdites
D’où nous vient cette fascination morbide pour la mort ? Qu’est-ce qui pouvait-bien nous pousser à aller nous rincer l’œil sur des sites tel que Rotten lorsque nous étions adolescents ? Pour vous resituer, on y trouvait des clichés d’accidentés de la route, des meurtres violents, des combats de clodos, des génocides congolais et des photos des camps de torture de Guantanamo. Le genre d’images qui vous marquent à vie. Et puis il y avait la série animée des Happy Tree Friends, où de petites créatures de la forêt s’entre-tuer violemment comme Itchy et Scratchy.
Spectateur voyeur
Il est clair qu’une partie de l’audience visée par notre ligne éditoriale doit partager les mêmes références que nous autres chroniqueurs de L’Ecran Barge. C’est pourquoi ces digressions amorales et déviantes devraient permettre aux trentenaires célibataires que nous sommes également de se retrouver à travers ces réminiscences passé de l’ère interpasnet des années 2000. N’ayez pas honte de vous-mêmes chers lecteurs, car ceux qui nous fustigent ne sont pas si différents ! Nos détracteurs sont les premiers à se palucher devant les retransmissions de BFM TV sur l’affaire Grégory quand ils ne passent pas leur soirée devant les émissions de Morandini.
L’être humain éveillera toujours cette curiosité malsaine pour la mort, le renvoyant à sa propre condition mortelle. D’ailleurs, ce phénomène de voyeurisme ne date pas d’hier.Dèsles années 70, plusieurs films issue du bis italien faisaient scandale pour le réalisme de leurs mises à mort, viols, tortures et sévices infligés aux acteurs (Salo ou les 120 Journées de Sodome, Cannibal Holocaust). Rattrapé par le justice face à ce glorieux coup de pub, Ruggero Deodato devra s’en défendre au tribunal. Seules les violences faites aux animaux seront reconnues lors du procès. Quant à Pasolini, il n’aura pas la chance d’en témoigner puisqu’il finira roué de coups de bâton puis écrasé sous le poids de son Alfa Romeo.

Le snuff movie a toujours constitué un objet de fascination. Cette légende urbaine popularisée durant les années 90 a fini par devenir une réalité. En 2007, les maniaques de Dniepropetrovsk sévissaient au cœur l’Ukraine profonde, tuant des personnes vulnérables avec une extrême brutalité, des enfants, des personnages âgées ou sans abri, qu’ils prenaient par effet de surprise avec des objets tranchants ou contondants. Les corps étaient retrouvés salement amochés, les yeux arrachés, mâchoires et crâne défoncés, au point que cela rendait très difficile le travail d’authentification. L’un de ces crimes sera même filmé et diffusé sur internet. Le 30 mai 2012, Luka Rocco Magnotta, le dépeceur de Montréal accédait lui aussi à la notoriété en mutilant le corps d’un étudiant chinois.
Lorsque The Poughkeepsie Tapes débarque enfin sur nos écran après une interdiction supposée, la toile se met alors en émoi comme au temps du Projet Blair Witch. En effet, le film de John Erick Dowdle (Catacombes, En Quarantaine) aura mis pas moins de sept ans à débarquer sur nos écrans, précédé d’une réputation sulfureuse ainsi que d’une communication opportuniste et virale. Un site internet bidon avait même été créé pour l’occasion, le qualifiant comme «le Found footage le plus terrifiant de tous les temps». Il n’en fallait pas plus pour aguicher le chaland en manque de sensations fortes. Ces superlatifs racoleurs et exagérés ainsi que sa rareté auront largement contribué à façonner la légende d’un film ne pouvant être obtenu que par des moyens peu conventionnelles recourant aux réseaux sociaux et sites de téléchargements avant d’être commercialisés en DVD et Blu-ray.
Dans la tête du tueur
The Poughkeepsie Tapes n’est pas un found footage comme les autres. D’ailleurs, il n’en est pas vraiment un. Il s’agit en réalité d’un faux documentaire, relatant les 2400 heures de cassettes vidéo d’un serial killer retrouvées par des enquêteurs. John Erick Dowdle joue de cette ambiguïté amorale en alternant reconstitutions des faits, visites des scènes de crimes, faux témoignages de criminologues et familles des victimes. Le plus intéressant étant les rushs diffusés par la police, où le tueur affublé d’un masque vénitien torture quotidiennement une femme retenue captive. Cheryl Dempsey développera avec le temps un syndrome de Stockholm, finissant par éprouver une fascination obsessionnelle et un lien inextricable avec son bourreau.

L’enquête permet d’esquisser le portrait d’un grand génie du crime qui semblerait insaisissable pour les autorités : capable de faire accuser un innocent à sa place grâce à un intellect diaboliquement supérieur, une connaissance accrue du système judiciaire et pénale ainsi qu’une extrême précaution quant aux empreintes ADN qu’il pourrait laisser, y compris dans sa propre maison. Peu crédible, cette figure vaporeuse brouille alors les frontières de la crédulité, d’autant que cette volonté manifeste à vouloir susciter la peur et l’effroi bute néanmoins sur des mises en situations manquant de naturel, annihilant ainsi l’effet vérité recherché.
Peinant à trouver le juste équilibre, John Erick Dowdle parvient à compenser son manque de budget par quelques bonnes idées simplement mal exploitées. La vue subjective employée souffre volontairement des défauts de la bande magnétique. Ces glitchs visuels, et parasitages intempestifs destinés à renforcer le réalisme des séquences ainsi que l’inconfort de visionnage s’avèrent bien trop artificiels pour convaincre. Quelques images finissent néanmoins par imprégner la rétine du spectateur tels que ces séances de bondage, ces quelques corps mutilés ou bien cette tête d’homme enfoncée dans le corps d’une femme.
Contrairement à ce que laisse entendre sa sulfureuse réputation, le cinéaste ne fait pas l’étalage de séquences choc, préférant recourir au hors-champs. Cette insensibilité à la violence des images traduit également une certaine lassitude à l’égard du Torture Porn (Saw, Hostel), mais également du Found Footage en général. Reste que l’on ne juge pas un film pour ce que l’on aurait aimé qu’il soit, mais bien pour ce qu’il est réellement. Si nous devions donc replacer The Poughkeepsie Tapes dans le contexte de sa sortie anonyme en 2007, l’histoire s’avère suffisamment glauque et intéressante à suivre pour occasionner quelques sueurs froides chez les adolescents prépubère. Mais pour un public acquis à la cause des expériences cinématographie les plus extrêmes (August Underground, Slaughtered Vomit Dolls, Schizophrenia), The Poughkeepsie Tapes paraît plus opportuniste que véritablement choquant.



