
Réalisateur : Stuart Gordon
Année de Sortie : 2005
Origine : États-Unis
Genre : Thriller
Durée : 1h22
Le Roy du Bis : 7/10
Thibaud Savignol : 7/10
Payer pour apprendre
Précédé d’une carrière dévolue aux adaptations lovecraftiennes et à la science-fiction, Stuart Gordon a surpris beaucoup de monde en investissant le monde du thriller avec King of the Ants. Avec Edmond, le cinéaste poursuit sa plongée dans les névroses de la psyché humaine en adaptant une pièce de David Mamet, signe d’un véritable retour au sources, après avoir débuté sa carrière dans le théâtre grand guignol.
Les névroses blanches
La crise de la quarantaine n’est pas toujours facile à négocier, entre les rêves et les aspirations que l’on a dû laisser derrière soi pour mener une carrière et subvenir aux besoins du foyer. Certains hommes se lassent de leur situation et de leur confort, préférant tout abandonner pour assumer leur homosexualité ou leurs désirs les plus refoulés. Edmond Burke en est le parfait exemple, complètement lobotomisé par un quotidien devenu banal qui ne le fait plus bander. Alors quand une diseuse d’aventures lui annonce qu’il n’est plus à sa place, il se met soudainement à douter et quitte sa femme sur un coup de tête.
L’homme marié a le sentiment d’avoir perdu sa virilité en s’étant plié au conformisme de la société occidentale, pour ainsi dire «caucasienne», à l’inverse de l’homme Noir pour lequel il éprouve une étrange fascination. Car selon lui, le Noir est libre de ses agissements, libéré de toute contrainte et pression sociale, comme à l’état d’animal, d’où sa propension à jouer des coudes pour exister ou à tomber dans la criminalité. Alors, sous les conseils mal avisés d’un inconnu rencontré dans un bar, Edmond va tenter d’adopter la même perception en s’enfonçant au cœur d’un monde dont il ne maîtrise pas les règles et coutumes, celui des maquereaux, dealers, prostituées et des escrocs à la petite semelle.

Edmond traite du suicide social d’un quadragénaire frustré par sa condition, qu’il va totalement remettre en question le temps d’une nuit de débauche et d’excès. A l’instar d’After Hours de Martin Scorsese, le film s’apparente à une descente aux enfers où rien ne sera épargné à son principal interprète, qui tentera de s’imposer au mépris du code de la rue. Tout le film sera ainsi parcouru par un sentiment de misanthropie. Et si Edmond ne peut pas se payer du bon temps, il mettra son alliance en gage, ultime symbole qui le relie à son ancienne vie, pour s’acheter un couteau afin de reprendre le contrôle de sa virilité et d’exprimer son mal être existentiel.
Le Fantasme Criminel
Dans la continuité de son précédent long-métrage (King of the Ants), Stuart Gordon troque les terreurs cosmiques pour l’horreur social, interrogeant la notion de libre-arbitre à travers l’évolution de son personnage. La mise en scène plate et monotone en début de parcours reflète parfaitement l’état d’esprit d’Edmond avant son enfoncement progressif dans la folie, révélant un univers plus onirique éclairé aux néons, peuplé d’anges et de démons. Tout du long, Edmond sera seul responsable de chacune de ses décisions, et erreurs le précipitant toujours un peu plus dans la marginalisation.
Comme à son habitude, Gordon fait preuve de beaucoup d’humour noir tout au long des déboires endurés par son principal interprète (prostitution, jeu d’argent, meurtre). Le succès du film tient beaucoup à l’interprétation de William Macy. Socialement inadapté, le quarantenaire va continuellement payer pour apprendre, laissant libre cours à ses pulsions autodestructrices, s’enfonçant toujours un peu plus dans la criminalité. Raciste et homophobe, le personnage esseulé finira par embrasser un destin ô combien ironique le délivrant d’une vie dont il se sentait prisonnier, mais en contrepartie de sa liberté. Toute peur cache un souhait ou un fantasme inavoué.



