
Réalisateur : M. Night Shyamalan
Année de Sortie : 2015
Origine : États-Unis
Genre : Grands-Parents Flippants
Durée : 1h34
Le Roy du Bis : 6/10
Thibaud Savignol : 6/10
Faire du neuf avec des Vieux
La vieillesse est un naufrage. À mesure de ses sorties de routes commerciales, et échecs artistiques, celui qui était autrefois surnommé le « nouveau Spielberg » avait fini par annihiler tous les espoirs fondés en lui. Enfin soulagé de la pression et débarrassé des impératifs des grosses productions, l’ancien Golden Boy hollywoodien tente de se rassurer en s’associant avec Jason Blum en vue d’un projet plus modeste. S’il est de coutume pour un débutant de commencer par un Found footage avant de gravir progressivement les échelons, force est de constater que ce genre est aussi fertile aux réalisateurs sur le retour (Brian De Palma, George Romero, Barry Levinson). Mais comment sortir de la forme très codifiée d’un genre qui peine à se renouveler ?
Passé maître dans l’art de susciter l’angoisse et de mêler le drame au thriller horrifique, le cinéaste cherche moins à révolutionner les codes du Found footage qu’à se les réapproprier à travers ce film domestique retraçant le week-end d’un frère et d’une sœur chez leurs grands-parents qu’ils ne connaissent pas encore. Ces vacances en apparence réjouissantes, vont néanmoins prendre un tour plus sinistre et dérangeant face aux états de démence du couple de personnes âgées.
Avec ses allures de véritable conte initiatique, The Visit pervertit habilement de simples situations de la vie quotidienne en cauchemar gériatrique (les troubles du comportements, l’incontinence du patriarche entreposant ses couches dans la remise au fond du jardin). Et alors que le réalisateur avait pris le soin d’installer des règles ne demandant qu’à être transgressés (Couvre-feu à 21h30, interdiction de pénétrer certains lieux…), le public se retrouve pourtant cueilli à froid dans des séquences de jour en apparences tout à fait anodines.

La captation chaotique des événements est ici pleinement justifiée par la diégèse. En outre, le recours au plan-séquence permet au cinéaste d’introduire le fantastique dans la réalité par le truchement de cette caméra tenu à bout de bras par l’adolescent. Dès lors, les comportements étranges prennent-ils une dimension casi surnaturelle à travers le prisme de l’objectif et des nombreuses ruptures de ton opérés dans une même séquence.
C’est au coeur de cette étrange réunion de famille que se noue les thématiques du récit (l’amour, le pardon, les rapports filiaux). Bien que rouillés jusqu’à l’os, les ressorts horrifiques sur lesquelles reposent les différents artifices tendent à accentuer l’effroyable confusion à l’œuvre, passant du rire à l’effroi (la partie de cache-cache dans les soubassements, et la séquence de l’araignée humaine dans le salon) en l’espace d’un claquement de doigt.
À mesure des rapports dysfonctionnels, le climat d’incertitude gagne autant les jeunes protagonistes que le public jusqu’à un diabolique retournement de situation. Si l’effet est impactant, le manque de radicalité tend à annihiler ce processus créatif s’achevant sur note aussi légère qu’absurde. Aussi appréciable qu’évanescente, cette visite de courtoisie chez Papy Mamy permet néanmoins au public de resituer un cinéaste dont on avait quelque peu oublié l’existence.



