
Réalisateur : Michael Chavez
Année de Sortie : 2025
Origine : États-Unis
Genre : Maison Hantée
Durée : 2h15
Thibaud Savignol : 4/10
Sortie en salles : 10 septembre 2025
The Power of Christ Compels You !
On les connaît les simagrées quant au dernier acte d’une carrière triomphale et juteuse. Le dernier lever de rideau Scorpions nous avait fait le coup, les Rolling Stones aussi, et en ce qui nous concerne les increvables Boogeymen, toujours prêts à rempiler pour occire quelques étudiants trop libertariens. Pensez ainsi à l’interminable saga Vendredi 13, où le pauvre Jason Voorhees se mutera en mort-vivant, avant de voir son âme baguenauder d’un protagoniste à l’autre, puis de finir cryogénisé et ressuscité dans l’espace. Ce nouveau Conjuring se vend ainsi comme l’ultime enquête en signe d’adieu au couple increvable des Warren, toujours prêts à opposer leur foi inébranlable aux suppôts du malin.
La fin d’une époque
1986, la famille Smurl emménage en Pennsylvanie. Peu de temps après des événements perturbants commencent à assaillir la tribu. De l’autre côté, désormais retraités, Ed et Lorraine Warren font le tour des universités pour parler de leur boulot, rendus célèbres par les nombreuses investigations paranormales auxquelles ils ont participé. Quant à leur fille, elle file le parfait amour avec son copain policier, mais il se pourrait bien qu’elle ait hérité des visions cauchemardesques de sa maman.
Encore une saga de films à la rentabilité insolente à mettre au compte de James Wan, après Saw et Insidious. Véritable pape de l’horreur moderne, il règne sur un empire horrifique de plusieurs milliards de dollars. Si ces sagas ont eu (et ont encore) tendance à chuter qualitativement au fil des épisodes, n’oublions pas que l’on doit au réalisateur australien d’avoir soigné ses entrées en matière ; malgré quelques gimmicks aujourd’hui dépassés Saw reste un thriller redoutable, Insidious premier du nom constitue sûrement son magnum opus, et Conjuring a relancé le film de possession à une époque où le Found-footage en avait fait son paillasson.

Le problème, de plus en plus criant, est qu’en tant que producteur Wan ne dispose peut-être pas des mêmes compétences. Ayant confié les projets à des artisans solides mais un brin suiveurs, il en découle un style répété ad-nauseam (notamment la gestion du contre-temps horrifique), désincarné et vide de sens. Déjà entraperçu via le très moyen Conjuring 3, ou lors des opus 4 et 5 côté Insidious, le constat arrive à son stade terminal avec cette Heure du Jugement. Il ne reste qu’une coquille exsangue, à l’écrin moderne des plus génériques.
Comme le synopsis le suggère, le film multiplie les intrigues et sous-intrigues, accordant désormais une très (trop ?) grande importance au couple star : leurs atermoiements, leurs hésitations, leurs regrets. Les scénaristes tentent de conclure une grande tragédie familiale, impliquant désormais enfant, beau-fils et voisinage. On en oublierait presque le travail d’enquêteur du paranormal, cet aspect n’intervenant qu’au bout d’1h20 de métrage (!) pour une durée de 2h15 déjà bien trop imposante.
C’est dans les vieux pots …
Mal écrit, aux dialogues explicatifs et peu inspirés, le script perd l’essence des deux premiers opus, à savoir suivre le quotidien traumatisant de quidams lambdas harcelés par des forces démoniaques. Ici la famille Smurl est rapidement jetée dans la gueule du loup, sans une progression lente et nécessaire à l’empathie recherchée. Conjuring 4 dilue ainsi ses enjeux émotionnels dans un fourre tout narratif fatiguant, où il devient même difficile de se repérer et de comprendre tous les aboutissants. Épisode d’une franchise lucrative et installée, les scénaristes multiplient les références aux films précédents ou aux spin-off d’Annabelle.
Mais plus important, cette Heure du jugement parvient-elle à nous faire frissonner ? Si on est loin des sommets de terreur que pouvait susciter Les Dossiers Warren, Michael Chavez vaut mieux que la sale réputation qu’il se traine depuis quelques années, assimilé à un simple Yes Man à la solde du Dieu James Wan. Oui, il se revendique de son école et singe à certaines occasions grossièrement son modèle (long plan séquence familial, dérégulation du cycle jour/nuit).

Mais bien qu’il ne dispose pas de son sens du timing à nul autre pareil et oublie parfois l’effrayante simplicité (le noir, une porte qui grince, un long silence), il parvient à imprimer nos rétines via quelques séquences plutôt bien troussées. On retiendra l’analyse image par image d’une VHS à glacer le sang, une Annabelle atteinte d’un gigantisme perturbant, ou encore quelques jeux de miroirs plutôt malins. Si les jump scare putassiers sont légions, certains ne déméritent pas.
Le vrai problème est plutôt que l’horreur s’étale sur l’entièreté du long-métrage, oubliant l’ingéniosité spatiale des premiers opus, où un lieu hanté se suffisait à lui-même. Le terrain de jeu se voit élargi (domicile des Warren, bureau d’un évêque, restaurant), avec ce besoin éreintant de faire peur partout, tout le temps, peu importe comment. En découle la mort du prêtre, non-sens total à la cohérence de l’intrigue, qui le voit faire face à un mal inconnu, à mille lieues de la réelle menace de la famille Smurl. On cherche encore à comprendre, tout comme un final qui ne répond pas vraiment aux interrogations posées en début de métrage. Mais comme dirait l’autre, ta gueule c’est magique.
Un dernier geste interminable donc, qui paradoxalement rate l’émotion recherchée, et se complaît dans une horreur bourrine, bruyante et ininterrompue (le sound design n’a plus aucune limite de volume apparemment). On se régale toujours devant ce carnaval de figures grotesques (la grand-mère est réellement terrifiante), mais l’âme de la saga s’est perdue en cours de route, trop préoccupée par les bondieuseries d’un couple vieillissant et par un manque de confiance en la simplicité terrifiante de son modèle. D’après une histoire vraie certes (la réelle enquête des Warren), mais passé à la moulinette de l’actionner horrifique moderne.



