[Critique] – Terminator


Terminator affiche film

Réalisateur : James Cameron

Année de Sortie : 1984

Origine : États-Unis

Genre : Robot Tueur

Durée : 1h47

Le Roy du Bis : 8/10
Thibaud Savignol : 8/10

Sortie 4K & Blu-ray le 17 septembre 2025 chez Warner Bros Entertainment France


Mortal Engine


Au sortir du naufrage de Piranha 2 Les Tueurs Volants, James Cameron a encore tout à prouver. La perte du final cut témoigne d’un différend artistique avec son producteur Olivier Assonitis, portant l’échec du film sur son entière responsabilité. Cette faute cruelle de jugement aura l’effet d’un traumatisme chez le jeune cinéaste, qui va alors se matérialiser en songe sous la forme d’un cyborg ultra sophistiqué jaillissant des flammes de l’enfer. À son réveil, Terminator était né. Cameron y voit l’occasion de rebondir et de livrer un film d’action science-fiction tourné exclusivement de nuit comme le fut New-York 1997 de John Carpenter, pour lequel il avait contribué aux effets spéciaux quelques années plus tôt.

Le Tueur à l’Annuaire

Il ne lui faudra que 6 millions et demi de dollars pour mettre sur pied cette traque haletante dans les rues de L.A., entre un cyborg envoyé dans le passé et un couple sur lequel repose le sort de l’humanité toute entière. L’idée d’opérer une boucle temporelle au cœur de l’intrigue occasionne un sentiment funeste d’inéluctabilité. Le réalisateur profite de son environnement nimbé de néons pour afficher les contours d’un futur dystopique : une ville sombre plongée dans la sinistrose ambiante, des détritus jonchant les allées et venues, des no man’s land industriels, une criminalité galopante et des forces de polices dépassées par les événements.

Pour accentuer cet état d’oppression, James Cameron véhicule un sentiment d’urgence par un jeu du chat et la souris incessant entre ses différents protagonistes. Terminator s’apparente avant tout à une forme de slasher. Un homme à la carrure d’équarrisseur s’immisce dans les maisons de femmes ayant le malheur de s’appeler Sarah Connor et de figurer dans l’annuaire téléphonique. Tels Michael Myers, Jason Voorhees, ou Freddy Krueger, le tueur ne meurt jamais, peu importe les coups qu’il encaisse. Il est invulnérable aux balles, au feu et aux explosions. En outre, sa tenue de cuir noir tend à le fondre dans l’environnement qu’il traverse froidement en écrasant toutes les personnes susceptible d’entraver sa mission. Sa force herculéenne, sa dimension imposante et sa condition synthétique renvoient l’Homme à sa propre fragilité. 

Terminator critique film

Les séquences d’action ne cherchent pas à paraître plus spectaculaires qu’elles ne le sont mais illustrent la férocité et l’obsession de cette machine à tuer capable de se travestir (l’imitation d’une voix au téléphone sert de leurre). En choisissant de filmer l’acteur en contre-plongée, James Cameron tend à le rendre plus menaçant et monolithique que jamais. Chacune de ses apparitions est également appuyée par un score angoissant. L’usage de ralentis stylisés permet de cristalliser le surréalisme de ces éclairs de terreur s’abattant sur la foule (la séquence de la boîte de nuit, celle du commissariat). Aucune forces institutionnelles (Police, parents) ne sauraient protéger les héros de son emprise se prolongeant jusque dans leurs songes (les flashbacks liés au futur). 

Le Perfectionnisme Reaganien

Mais Terminator ce n’est pas seulement un film d’action science-fiction, c’est aussi une histoire d’amour poussant un trentenaire frustré par une condition de misère à se porter volontaire pour une mission suicide. Cela lui permet de se payer du bon temps avec la mère de son meilleur ami après avoir fantasmé longtemps sur sa photo de chevet. D’une certaine manière, le T-800 parcourt lui aussi l’objectif de se taper Sarah Connor, même si ce qu’il cherche à lui faire tient plutôt de l’insémination par balle. Il faut dire que Linda Hamilton, en dépit d’une coiffure d’un autre âge, était particulièrement saisissable. Cette dramaturgie inopinée insuffle une décharge émotionnelle reconnectant le film à la matrice même du 7ème art visant à émouvoir son audience. 

Si le film est devenu un classique, ce n’est pas seulement pour la capacité du chêne autrichien à botter des culs et à retourner tout un microcosme à coup de chevrotine, mais aussi pour son approche profondément nihiliste à une époque où l’optimisme triomphant était le maître mot de l’exécutif hollywoodien. Terminator répond aux années Reagan en matérialisant les craintes et fantasmes d’une époque liée au contexte de Guerre Froide ainsi qu’à la singularité technologique. Cette donnée avant-gardiste témoigne des dérives d’une intelligence artificielle capable de produire de nouvelles machines susceptible de développer une conscience et de se retourner contre leurs créateurs par instinct de survie. 

À ce titre le T-800 constitue un antagoniste assez paradoxal puisqu’il reflète indéniablement le mode d’évolution ultime du modèle Reaganien : Balaise, indestructible, ambitieux, infaillible au point d’en devenir totalement déshumanisé. Combattre le Terminator revient à vouloir freiner le progrès, et on ne peut pas. Il avance inexorablement et mène les hommes à leur propre destruction. Le dénouement orchestré au cœur d’une usine de fabrication file la parfaite allégorie d’un divertissement confronté aux rouages d’une industrie plus implacable encore que la pire des bêtes, qu’elle peut à loisir écraser ou réanimer à son bon vouloir afin de produire de nouveaux cauchemars. 

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