
Réalisateur : Todd Strauss-Schulson
Année de Sortie : 2015
Origine : États-Unis
Genre : Slasher Méta
Durée : 1h31
Le Roy du Bis : 6/10
Thibaud Savignol : 6/10
Last Slasher Hero
Est-ce que le slasher méta a encore quelque chose à raconter aujourd’hui, ou en avait en 2015 ? Genre phare des eighties, le slasher a fait les beaux jours des producteurs avides de papiers verts, entre productions au rabais, cache misère, et tout de même, quelques pépites (Vendredi 13, Massacre au camp d’été). Tournant rapidement en rond après une surexploitation, la fin des années 80 le voit déjà s’effondrer, entre parodies et premières tentatives méta (Cheerleader Camp, Vendredi 13 chapitre VIII : L’Ultime retour). Si Scream a définitivement popularisé la démarche, le slasher méta a à son tour fini par se mordre la queue, entre moquerie usante des mécaniques du genre, discours creux et tentatives opportunistes.
En 2010 était ainsi acclamé Tucker and Dale, énième comédie horrifique consciente d’elle-même, mais qui parvenait à allier hommage, humour et réflexion sur le genre. Œuvre presque définitive, Scream Girl entend pourtant bien lui challenger ce titre. Un projet nanti d’un budget plutôt confortable (4,5 millions de dollars) et d’un casting cossu pour ce type de projet, avec rien de moins que la petite sœur de Madame Lorraine Warren en tête d’affiche (Taissa Farmiga), mais aussi Malin Akerman, l’inoubliable Spectre Soyeux de Watchmen, ou encore l’Action Man Alexander Ludwig. Du beau monde pour un script plus profond qu’il n’y paraît.
Amanda Cartwright, actrice connue avant tout pour son rôle dans Camp Bloodbath, meurt tragiquement au volant lors d’un retour de casting. Quelques mois plus tard, un hommage lui est rendu au cinéma, lors d’une soirée projetant son classique intemporel. Alors qu’elle y assiste en traînant des pieds, sa fille, accompagnée de ses amis, vont se voir téléportés à l’intérieur du film lors d’un incendie durant la projection. Il faudra alors échapper au tueur sanguinaire de Camp Bloodbath, mais ce sera également l’occasion pour Max Cartwright de retrouver sa mère décédée.

Passé l’exposition, le trauma de l’héroïne et la réunion de la joyeuse troupe, Scream Girl dévoile sa facette de pur film de festival. Plongés en plein slasher eighties, camp d’été et personnages naifo-attachants en prime, le décalage méta bat son plein, entre protagonistes de leur époque premier degré et les nouveau venus comme running gag anachronique. Si le geekos/cinéphile ne réinvente pas la poudre via ses citations et réflexions, le script s’en débarrasse assez vite, comme pour rapidement laissé tomber son argument méta de petit malin. Le récit se veut davantage un hommage à un âge d’or du cinéma d’horreur qu’une énième parodie futile.
Scream Girl parvient dès lors à enchaîner ses péripéties sans temps mort, multipliant les mises à mort festives et autres joyeusetés de réalisation. On retiendra ce quadruple mouvement à 360 degrés, symbole de l’enfermement des protagonistes dans le long-métrage de fiction, ou encore ces nombreux mouvements d’appareil dynamiques, qui malgré quelques raccords numériques aujourd’hui (très) visibles, n’empêchent en rien une vraie coolitude. Cela donne un vrai coup de neuf aux slashers cités, souvent ankylosés par une mise en scène plate, se contentant d’alterner conversations obligatoires et meurtres parfois à peine sanglants.
Mais paradoxalement, là où le film surprend davantage, c’est dans sa façon d’explorer le traditionnel deuil, transformant la pellicule en remède miracle. Condamnée à revoir les rôles de sa mère en boucle, Max entrevoit par cette projection l’occasion de la retrouver, croyant cette fois-ci la sauver. Si évidemment il sera plus question de lâcher prise que de modifier le continuum espace-temps, un tel contexte interroge sur la capacité du 7e art à rendre ses icônes immortelles. À l’instar d’une photo, un morceau de péloche est un instantané, aussi cruelle que réconfortant, mais potentiellement guérisseur.



