[Critique] – No Reason


No Reason affiche film

Réalisateur : Olaf Ittenbach

Année de Sortie : 2010

Origine : Allemagne

Genre : Descente aux Enfers

Durée : 1h16

Le Roy du Bis : 6/10
Thibaud Savignol : 5/10


Le Sous-sol de L’Enfer


L’intrigue nous entraîne dans les tourments de Jennifer, femme esseulée, enfermée dans une cellule familiale à l’agonie et un appartement étouffant. Après la découverte de photographies compromettantes sur son palier, preuves explicites de l’adultère de son mari, elle envisage de tout quitter pour recommencer ailleurs. Mais la réalité se fissure. Après s’être assoupie, la mère de famille se réveille dans une pièce jonchée de cadavres atrocement mutilés. Surgit alors un bourreau, affublé d’un masque de cuir à la symbolique lovecraftienne, qui l’invite à suivre le «chemin de la vérité» au prix d’un calvaire physique et mental sans concession.

No Reason critique film

Au croisement de Hellraiser et du rectum d’Irréversible, No Reason parvient pourtant à tracer son propre chemin de croix. Le parcours initiatique de l’héroïne prend la forme d’une descente aux enfers structurée en strates successives, chacune incarnant une nouvelle facette de l’abjection humaine. Junkies amorphes ravagés par le crack, goules sauvages, victimes écorchées vives, orgies sexuelles sanglantes, rites sadomasochistes et tortures dignes d’un donjon BDSM : Ittenbach orchestre une succession de tableaux obscènes et macabres, dans lesquels Jennifer doit abandonner progressivement une part d’elle-même pour espérer atteindre une forme de rédemption.

Sur ce terrain, le réalisateur n’a rien perdu de son savoir-faire artisanal. Les maquillages et effets gores (sévices, mutilations, flagellations) s’inscrivent parfaitement dans ce purgatoire d’âmes damnées, prolongeant une iconographie déjà bien établie dans sa filmographie. D’un nihilisme profond, No Reason tend toutefois vers une ostentation formelle, portée par une mise en scène onirique plus élaborée que dans ses premiers essais. Irene Holzfurtner se met littéralement à nue, se livrant sans retenue dans le rôle de cette quadragénaire frustrée, supportant à elle seule la charge émotionnelle du film. Son engagement, aussi bien physique que psychologique, confère une intensité certaine à l’ensemble.

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