
Réalisateur : Roman Nowicki
Année de Sortie : 2003
Origine : Pologne
Genre : Slasher Porn
Durée : 1h35
Le Roy du Bis : 6/10
Thibaud Savignol : 4/10
Polish Hooker with a Chainsaw
Il existe des films dont la réputation dépasse largement leur valeur intrinsèque, nourrie par des zones d’ombre, des incohérences manifestes et une provenance volontairement trouble. Fantom Kiler 3 appartient sans conteste à cette catégorie ; troisième volet d’une saga aussi obscure que recherchée par les collectionneurs de bis dégénéré. Le film est officiellement attribué à un certain Roman Nowicki, cinéaste présenté comme polonais, au point que l’Aigle Blanc s’invite ostensiblement dans plusieurs décors.
Pimp My Boobs
Pourtant, tout concourt à semer le doute : tournage intégral en studio, décors recyclés, doublages approximatifs, décalages audio troublants, voitures anglaises… Autant d’indices qui ont alimenté la rumeur persistante d’un pseudonyme masquant un réalisateur britannique peu désireux d’assumer un tel parangon d’obscénité. Mystification ou simple amateurisme ? Peu importe finalement, tant ce flou participe à l’étrangeté fascinante de l’objet.
Car Fantom Kiler 3 est avant tout un spectacle profondément surréaliste, qui semble avoir assimilé les codes du giallo italien en les passants à la moulinette d’une esthétique pornoïde d’Europe de l’Est. La bande-son synthétique évoque ouvertement les productions X des années 80, les dialogues ; heureusement sous-titrés ; tiennent davantage de trivialités crasses que d’envolées lyriques, tandis que la mise en scène s’acharne à créer une atmosphère érotico-morbide aussi bancale qu’hypnotique.
Le film démarre sur les chapeaux de roues, ou presque… puisqu’il s’agit surtout de filmer une blonde plantureuse aux seins siliconés se dénuder, et prendre la pause durant une séance photo nocturne dans la forêt avant de croiser la route du Fantom Kiler. L’assassinat, exécuté à l’aide d’une lame rétractable sur le capot d’une Volkswagen, bénéficie d’un certain sens du cadre, avec des jeux de lumière argentesque et un montage volontairement heurté, tentant maladroitement de convoquer l’héritage hitchcockien de Psychose : musique entêtante, découpage agressif et les gros plans insistants sur la poitrine contrefaite ne manquent pas à la fête.
Mais le meilleur est encore à venir avec la séquence suivante, qui met en scène une strip-teaseuse confrontée à deux mécaniciens libidineux, dont la lourdeur rivalise avec le mauvais goût du dispositif. Comme la cliente ne peut pas payer les réparations de son véhicule, les deux dépanneurs la contraignent à se déshabiller sous peine d’alerter les autorités. Ce à quoi elle se résigne après un bref séjour dans un toilette aussi propre et accueillant que celui de Trainspotting.

La situation dégénère et bascule alors rapidement dans un délire quasi cartoon entre humiliation, menace, violence brutale, renversement ironique des rôles, surenchère gore et double mise à mort allant jusqu’à un improbable affrontement à la tronçonneuse et à la barre de fer. Non content de les avoir démembrés, la strip-teaseuse va même les renvoyer direction l’enfer en les faisant mourir une seconde fois. D’habitude ce sont les corps calcinés des joggeuses qu’on retrouve dans la forêt, mais ici ce sont ceux des mécanos. À une paire de seins près, nous pourrions presque parler de film féministe.
Un film « presque » féministe…
Le constat est sans appel, et le film ne fera jamais semblant de viser autre chose que l’exploitation pure et dure, Fantom Kiler 3 se contente purement et simplement d’aligner des meurtres de mannequins dénudés. Parfois, il suffit de peu de choses pour diffuser une atmosphère. Quelques colonnes corinthiennes plantées en pleine forêt, deux ou trois tombes disséminées au hasard, des projecteurs colorés, un peu de fumée, et voilà un décor onirique digne d’un cauchemar de vidéoclub.
Le Fantom Kiler, silhouette masquée coiffée d’un chapeau et vêtue d’un trench de la Gestapo, achève de plonger le film dans un imaginaire trouble, entre fantasme fascisant et délire pulp. A cet égard, mentionnons également la séquence du club de strip-tease, véritable parenthèse hypnotique portée par un montage clipesque, un loop sonore psychédélique et des gros plans malaisants sur les visages figés des deux enquêteurs, visiblement dépassés par les événements. Une scène qui semble suspendue hors du temps, comme si le film lui-même se perdait dans son propre dispositif.
Quant au Fantom Killer, figure centrale du récit, il évoque une version low cost de Rorschach (Watchmen), animé par une croisade morale grotesque visant à «purifier» la société en éliminant les figures de l’industrie du sexe. Cette posture pseudo-puritaine sera d’ailleurs retournée contre lui lorsque le film basculera, sans prévenir, dans une dimension fantastique, révélant une imposture et un ultime twist aussi absurde que logique dans un tel chaos narratif.
Œuvre bancale, mal fichue et profondément amorale, Fantom Kiler 3 n’en demeure pas moins un spécimen fascinant de cinéma d’exploitation extrême, où l’incompétence apparente se transforme en singularité involontaire. Un film qui se regarde moins pour ce qu’il raconte que pour l’expérience sensorielle et mentale qu’il impose, quelque part entre le giallo décadent, le porno soft dégénéré et le rêve fiévreux d’un vidéaste anonyme. Un objet limite, mais précisément pour cette raison, taillé pour les amateurs de bis radical et lecteurs de l’Écran Barge.



