[Critique] – Harlequin


Harlequin affiche film

Réalisateur : Simon Wincer

Année de Sortie : 1980

Origine : Australie

Genre : Fantastique Réel

Durée : 1h35

Le Roy du Bis : 7/10
Thibaud Savignol : 6/10


Gregory, un ami qui vous veut du bien


Que Nenni ! Hypnotisés par cette imagerie de fête et d’illusions, ces accroches et son potentiel horrifique, nous n’avons pas vu venir un scénario bien plus porté sur la manipulation que sur une quelconque horreur. Rick Rast, sénateur dont la carrière va bientôt prendre son envol, doit faire face à la maladie incurable qui touche son fils. Mais du jour au lendemain surgit dans son entourage, sans prévenir, un certain Gregory Wolfe. Il soigne miraculeusement son fils, mais commence aussi de plus en plus à s’immiscer dans sa vie privée. Il séduit sa femme, se rapproche de sa progéniture, allant jusqu’à contredire ses plus proches amis. Qui est-il vraiment, et surtout, quelles sont ses réelles intentions ?

Assorti de pouvoirs magiques, Wolfe apparaît comme un agent du chaos, libre de ses mouvements et de ses paroles, prêt à toutes les effronteries pour servir ses desseins cachés. Film australien, mais dont la nationalité n’est jamais vraiment mise en avant, Harlequin lorgne davantage vers le thriller politique et paranoïaque américain propre aux années 70. Faisant suite à la nouvelle vague australienne qui en a dans le bide (Wake in the Fright, Patrick), le long-métrage de Simon Wincer (Sauvez Willy pour les trentenaires bien entamés) tire en grande partie sa réussite de son intrigue alambiquée. Les intentions troubles et l’opacité de l’ensemble parviennent ainsi à tenir le spectateur en haleine jusqu’au dénouement final.

Harlequin Critique Film

Rick Rast semble être un pantin politique comme tant d’autres, un homme de paille servant les ambitions de prédateurs assoiffés de pouvoir. Avec sa femme sous influence d’un étranger, se dessine un récit à la Raspoutine dans les arcanes du pouvoir, mais sans renier ses racines mystico-fantasmagoriques. Pas de chibre démesuré ici, mais une ambiance pesante, qui doit beaucoup à sa partie fantastique, entre tours de magie insolubles et forces quasi surnaturelles. En coulisses s’affrontent peut-être des entités bien supérieures, dont nous sommes tous les marionnettes.

Proche d’une certaine parapsychologie en vogue à l’époque, comme en attestait tout le cinéma de Cronenberg et notamment Scanners, Harlequin évoque beaucoup le Dead Zone de Stephen King, mélangeant habillement fantastique pur et dur à des enjeux politiques. Un roman qui sera adapté en 1983 par… David Cronenberg. La boucle est bouclée.

Si un peu daté dans sa forme et ses effets, le visionnage rappelle pourtant par moments le cinéma de Brian De Palma ; une musique à la Bernard Hermann et l’intrigue au suspense diabolique en attestent. Pas de Carnaval à l’horizon, pas le slasher bas du front auquel on s’attendait. N’en reste pas moins un intriguant jeu de dupes, d’illusions et de masques, avec en point d’orgue le costume d’arlequin porté par l’antagoniste, célébrant la légendaire figure facétieuse du théâtre. Pas trop mal comme critique, alors qu’on s’est juste planté sur le choix du film à la base.

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