[Critique] – Granny


Granny affiche film

Réalisateur : Boris Pavlovsky

Année de Sortie : 1999

Origine : États-Unis

Genre : Grand-Mère Sanguinaire

Durée : 58 min

Le Roy du Bis : 6/10


Les Cruels


Si on ne juge pas un livre à sa couverture, il en est autrement de ces nombreux DVD saturant les bacs à soldes des Cash Converters. À ce titre, Granny possède toutes les caractéristiques du nanar sympathique et fauché période post-Scream. Tous les motifs et impondérables du genre sont ainsi réunis dans une affiche composite aux couleurs psychédéliques : l’esprit diabolique d’une grand-mère tueuse jaillit d’un manoir hanté. Plus bas, une bande de jeunes freluquets pénètre au sein d’un cimetière crépusculaire laissant présager d’un funeste destin. S’y rajoute des arguments de vente racoleurs (des filles, de l’alcool, de la musique, une grande maison isolée, des meurtres féroces) et citations de néo-slasher : «Dans l’esprit de Urban Legend, Scream, Souviens Toi…L’été dernier». Tout cela est bien évidemment destiné à appâter le chaland. 

Comme dans tout slasher lambda, Granny nous impose sa longue et soporifique situation d’exposition destinée à introduire les différents protagonistes et victimes de sa mécanique homicidaire. Un groupe de jeunes adultes organise une petite sauterie. Les débats sont animés,  les filles sont jolies et la bière coule à flot. Ce forum de discussion aussi profond et animé qu’un talk-show aborde des sujets de préoccupations tabous et typiquement adolescents (fantasmes, jeu de séduction, différence de la condition masculine et féminine, phobie et peurs respectives). Mais la maudite Granny du titre va venir troubler la quiétude des invités par le truchement d’une hache ensanglantée. 

Granny n’est pas un bon film, mais un nanar dans sa plus noble définition. Le film répond au sens même de ce terme cité à tort et à travers, soit une œuvre possédant tant de défauts qu’elle en devient involontairement ridicule et comique. Bien que l’interprétation générale frise l’amateurisme, le réalisateur choisit de tourner au format scope, permettant d’élever même modestement le niveau de cette production. Les adolescents vont naturellement trouver le moyen de se séparer pour permettre au tueur de les massacrer plus facilement. Mais il y a plusieurs «hics» : une intrigue rachitique, un montage erratique, et un jeu de massacre plus ludique qu’horrifique finissant par rendre l’expérience de visionnage drôlatique pour le public.

Granny critique film

Tout paraît artificiel dans Granny, du choix de son costume, aux actes irrationnels de ses protagonistes peinant à renvoyer le sentiment de panique hystérique, jusqu’à ses accords Bontempi nappant son ambiance de mort. Tout réside d’ailleurs dans la contrefaçon de cette intrigue aussi vieille que sa grand-mère psychotique. Granny incarne parfaitement le concept du méchant de série Z : menace crédible pendant deux secondes, puis retour fracassant au burlesque involontaire. Le premier meurtre dans la cave cristallise parfaitement cette dimension tragi-comique, de la posture farfelu du tueur et de ses gémissements pathétique, à ce face à face stupéfiant virant subitement au règlement de compte sanglant. 

La vieille harpie capable de se téléporter remplit néanmoins son office par la férocité et le sadisme de ses mises à mort sanguinolentes à souhait (corps lardés de coups de couteaux, crâne fendu à la hache, yeux crevés par des aiguilles à tricoter). Alors que le public s’attarde sur les nombreux faux raccords, les effets gores ringards et les pouvoirs omnipotents du tueur, le réalisateur se saisit de ces tares pour en faire l’argument salvateur d’un retournement scénaristique parfaitement déroutant.

Si l’épilogue tend à décrédibiliser davantage le film par ses mises en abîmes grotesques, Boris Pavlosky finit néanmoins par s’inscrire dans l’héritage de cinéastes de renom tels qu’Albert Hitchcock (Psychose) et Henri-Georges Clouzot (Les Diaboliques). Granny confirme ainsi le célèbre adage voulant que ce soit grâce aux vieux twists que l’on produit les meilleurs navetons. Si vous connaissez déjà la fin, ne dévoilez rien à vos amis. Ne soyez pas CRUELS !

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