
Réalisateur : David DeCoteau
Année de Sortie : 2001
Origine : États-Unis / Mexique
Genre : Néo Slasher
Durée : 1h21
Le Roy du Bis : 3/10
Thibaud Savignol : 4/10
La Bite et le Coteau
Après plus d’une décennie passée à travailler pour Charles Band, David DeCoteau fonde sa propre société, Rapid Heart Pictures, et noue un partenariat lucratif avec le géant de la location Blockbuster LLC. Spécialiste des tournages expédiés en quelques jours pour trois fois rien, il livre à la chaîne des produits calibrés pour les rayons VHS et DVD. Final Scream s’inscrit ainsi dans la vague du néo-slasher qui déferle à la fin des années 1990, dans le sillage du triomphe de la franchise Scream.
Quand le méta devient bêta
Toute ressemblance avec le film de Wes Craven n’a évidemment rien de fortuit. D’abord intitulé Spookhouse, le film fut brièvement rebaptisé Scream 4, ce qui provoqua l’ire des avocats des frères Weinstein. Contraint de revoir sa copie, DeCoteau opte pour Final Stab, clin d’œil méta à Scream 2, où un long-métrage fictif intitulé Stab rejouait les tragiques événements de Woodsboro. La manœuvre opportuniste facilitera la distribution du DVD en vidéoclub avant de finir dans les bacs à soldes à un euro pièce. Quant à l’érotisme diffus, ostensiblement tourné vers un public adolescent, il rencontrera un certain écho auprès d’une partie de la communauté LGBT, fidèle au cinéaste.
Sur le papier, pourtant, ce slasher prototypique n’est franchement pas d’une très grande originalité. Un groupe d’amis se retrouve dans une somptueuse villa pour passer le week-end. Leur hôte en profite pour organiser une murder party, mais un véritable tueur en profite pour s’infiltrer et éliminer les convives un à un. Ce renversement, plutôt malin, introduit une dimension méta qui permet au réalisateur d’inscrire son film dans la filiation du slasher (Halloween et Vendredi 13 sont explicitement cités par les protagonistes). En plaçant la majorité du casting dans la confidence du faux jeu de rôle, DeCoteau trouve le subterfuge idéal aux sempiternels reproches adressés au genre concernant l’irrationalité des comportements.
Après un faux meurtre inaugural, aucun personnage ne soupçonne qu’un véritable assassin rôde dans la maison, isolant ses victimes pour les larder de coups de couteau. Le réalisateur recycle méthodiquement tous les poncifs du genre (appel téléphonique menaçant, le nerd fan de film d’horreur, le meurtre sous la douche façon Psychose), qu’il mêle aux composantes de son cinéma (les plans insistants sur les corps d’éphèbes dénudés, les éclairs d’une nuit tempétueuse enfermant les personnages dans un huis clos factice).

Tout le monde à poil !
Si le réalisateur s’accorda la coquetterie de tourner en scope, le film sera pourtant recadré sauvagement à la hache pour son exploitation vidéo, expliquant les gros plans envahissants et les décalages disgracieux parasitant le visionnage. Comme souvent chez DeCoteau, les mouvements ondulatoires de la caméra tentent de compenser l’immobilisme général, donnant cette sensation de flottement, engourdissant davantage qu’elle ne galvanise la mise en scène ostentatoire.
Malgré un bodycount honorable, aucun meurtre ne sortira le spectateur de sa torpeur. Là où Scream savait instaurer une présence insidieuse, jouant avec la spatialisation de la caméra, du son et du hors-champ (le tueur surgissant d’un placard ou d’un coin dérobé), Final Scream peine à ménager la moindre tension. La partie de cache-cache est pour ainsi dire inexistante, occultée par des dialogues fades déclamés sans aucune conviction, et handicapée par des déplacements et scènes d’action rendues illisibles par le pan and scan.
Reste l’identité du tueur, unique véritable surprise d’un scénario qui multiplie les fausses pistes afin de semer le doute : un héros traumatisé par le massacre de ses parents, une manipulatrice tenant le groupe sous son influence grâce à des secrets de polichinelle, un personnage voulant jouer les troubles-fêtes pour se venger du licenciement de son père, quand ce ne sont pas les histoires de culs et peines de cœurs qui opposent et divisent l’ensemble du groupe.
Ces éléments, distillés au compte-goutte, cherchent à instaurer un semblant de suspense. Mais les ambitions référentielles s’évanouissent rapidement sous la foudre des censeurs, entre celle du distributeur, via son recadrage brutal, et celle du réalisateur, dont les meurtres demeurent trop proprets. Au final, le slasher annoncé se dilue dans un whodunit peu bandant qui se rêve plus malin qu’il ne l’est réellement.



