[Critique] – Réducteur de Têtes


Réducteur de têtes affiche film

Réalisateur : Richard Elfman

Année de Sortie : 1994

Origine : États-Unis

Genre : Vengeance Vaudou

Durée : 1h26

Le Roy du Bis : 6/10


Les Baltringues de l’Oncle Macoute


Qui a dit que la Full Moon n’attirait jamais les grands noms ? Dans la famille Elfman, c’est le frère Richard qui se colle à la réalisation de ce Réducteur de têtes. En acceptant de produire cette proposition pour le moins originale, Charles Band faisait d’une pierre deux coups en s’offrant également les services de Danny Elfman (Batman, Darkman) pour composer la bande originale. Un excellent coup marketing que le nabab de la série B présenta en grande pompe à son distributeur Paramount Pictures, particulièrement enchanté par l’idée de cette synergie familiale et détonante. Peut-être même un peu trop extravagante au goût des exécutifs, qui apprécieront finalement assez peu cette intrigue mêlant homicide infantile, vengeance vaudou et sorcellerie façon tonton macoute.

Réducteur de têtes est un objet fascinant qui ne ressemble à aucune autre production, quand bien même le catalogue de la Full Moon regorge de propositions déjantées. L’histoire suit trois adolescents fans de comics qui se retrouvent pris pour cible par un groupe de délinquants. Mr Sumatra, le vendeur du kiosque à journaux, leur témoigne une affection quasi paternelle et veille sur eux face à la brutalité de ces petites frappes. Les choses prennent pourtant une tournure tragique lorsque Tommy décide de dénoncer les voyous à la police après un acte délictueux.

Au quart du récit, le film opère ainsi une audacieuse rupture de ton en orchestrant la mort de ses jeunes protagonistes. Le vieux Sumatra entreprend alors une cérémonie vaudou afin de les ressusciter sous la forme de têtes réduites. Revenus d’entre les morts, les garçons développent des pouvoirs psychokinétiques leur permettant de voler, tuer et lobotomiser leurs bourreaux, transformés en zombies purulents. Mais à mesure que la vengeance s’accomplit, les adolescents perdent peu à peu toute trace d’humanité.

Réducteur de têtes critique film

Le film s’autorise une liberté de ton assez surprenante au regard des thèmes abordés. Si l’intrigue évoque par sa structure celle d’une bande dessinée (situation initiale, traumatisme fondateur, transformation et apprentissage des nouveaux pouvoirs) Richard Elfman y insuffle une morale particulièrement sombre et cruelle. Dans cet univers, les baltringues qui rompent la loi de l’omerta en paient le prix fort. Les esprits des défunts sont arrachés à leur repos éternel pour devenir les pantins et esclaves d’un sorcier dont les motivations demeurent au final assez troubles. 

La figure de ce « tonton macoute » intrigue d’ailleurs au regard du lourd passif historique que traîne cette milice haïtienne, tristement célèbre pour les violences commises sous la dictature des Duvalier. Elfman esquisse pourtant un portrait toute en nuance de ce personnage paternaliste, n’hésitant pas à faire usage de la force et de la magie noire pour arriver à ses fins : « Quand un Tonton Macoute frappe à la porte, ne va pas lui ouvrir », avertit-il lui-même Monsieur Sumatra, comme pour souligner la part d’ombre derrière son caractère débonnaire. 

Sur le plan visuel, le film déploie une inventivité réjouissante malgré des moyens limités. Les plans subjectifs des têtes tueuses parcourant New York reconstitué à l’aide de maquettes possèdent un charme qui participe pleinement à l’extravagance du récit. Dans ce carnaval macabre, Meg Foster semble également s’amuser comme une folle. La partition de Danny Elfman contribue également à l’étrangeté de l’ensemble. Le compositeur livre un thème principal qui évoque les comédies musicales de bandes urbaines des années 1960 (West Side Story), laissant le soin à Richard Band, frère du producteur, d’en prolonger la tonalité thématique. 

« C’est vraiment trop bizarre », lâche une adolescente embarrassée lorsqu’une de ces trognes ambulantes se frotte à son décolleté. Cette réaction pourrait bien résumer l’expérience du spectateur face à cet objet filmique pour le moins singulier… Horrifiés par le résultat final, les exécutifs de Paramount refuseront finalement de sortir le film en salles, reléguant ce Réducteur de têtes au bagne du direct to video.

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