
Réalisateur : Russell Mulcahy
Année de Sortie : 1998
Origine : Royaume-Uni / Allemagne / Luxembourg / États-Unis
Genre : Malédiction Égyptienne
Durée : 1h55
Le Roy du Bis : 6/10
Thibaud Savignol : 3/10
Sous les Bandelettes
Il y a des coïncidences qui ressemblent à des malédictions : La Malédiction de la Momie sort en 1998, moins d’un an avant que Stephen Sommers n’exhume sa Momie à grand renfort de CGI. L’un deviendra un phénomène planétaire, l’autre restera confiné dans les rayons obscurs des vidéoclubs. Pourtant, à bien y regarder, l’œuvre de Mulcahy (Highlander,Razorback) se pose moins en concurrent malheureux qu’en objection horrifique à la déferlante fantastique du film de la Universal. Là où la grande major hollywoodienne joue la carte de l’aventure tout public, Mulcahy privilégie l’horreur ésotérique. Deux visions, deux Mummies : l’une flamboyante, l’autre tapie dans l’ombre…
Dust and Bones
Lorsqu’une équipe d’archéologues exhume le tombeau de Talos, un seigneur mystique condamné il y a des millénaires, ils libèrent malgré eux une présence aussi vengeresse que polymorphe. De Londres aux ruelles brumeuses où l’on entend encore les réminiscences de Jack l’Éventreur, les survivants tentent de comprendre ce qui anime ce sarcophage ambulant, capable de se réincarner pièce par pièce en collectant des fragments humains (yeux, poumons, cœur). Au milieu du carnage, une poignée d’experts, dont une descendante de la lignée maudite, tente tant bien que mal de stopper la résurrection complète du monstre.
Russell Mulcahy tente de livrer un thriller surnaturel mêlant phase d’enquête, hallucinations et malédiction égyptienne, tissant un récit qui progresse de manière aussi elliptique que les bandelettes qui s’animent. Christopher Lee apparaît le temps d’un clin d’œil hiératique. Jason Scott Lee mène ses investigations avec une gravité de film noir et un second degrés malséant et cynique. Le reste de la distribution (un Gerard Butler débutant tout juste bon à mourir au générique) gravite autour d’un scénario qui semble constamment hésiter entre la tragédie antique et l’épouvante gothique.
La Malédiction de la Momie ne joue pas vraiment dans la même catégorie que le blockbuster de Stephen Sommers. Là où La Momie bombarde le spectateur d’action et d’humour, Mulcahy pose un univers plus morbide, où l’excavation d’un tombeau funéraire remplie de pics acérés et de corps mutilés met au jour les contours d’un sortilège mortel réduisant ses infortunés explorateurs en poussière et fragments de poteries. Bien que la majeure partie du film fut tournée au Luxembourg, le choix d’ancrer l’action dans Londres permet d’en faire une sorte de mausolée contemporain, un terrain de jeu parfait pour une entité millénaire qui se matérialise sous forme de bandelettes serpentines.

Avec son égyptologie de comptoir et son rythme en dents de scie (le film existe également dans une version courte de 88 minutes), La Malédiction de la Momie n’en demeure pas moins un thriller singulier, porté par la patte visuelle de Mulcahy et des effets numériques quelque peu datés. S’il s’avère moins inspiré qu’à l’accoutumée, le cinéaste reste tout de même investi et fidèle à sa grammaire cinématographique : éclairages expressionnistes, montage syncopé hérité de ses années MTV, cadrages inhabituels, presque musicaux. La caméra glisse, tournoie, traverse murs et couloirs comme si elle était elle-même un esprit antique cherchant un corps d’emprunt.
Le Pouvoir d’Abstraction du Mal
Si La Malédiction de la Momie n’a pas l’ambition viscérale de The Thing ni la radicalité ésotérique de Hellraiser, il partage pourtant avec ces deux monuments un même intérêt pour le pouvoir d’abstraction d’un mal insidieux (quasi lovecraftien) et son altération. Mulcahy explore une idée simple mais efficace : la momie comme entité métaphysique. Comme la créature polymorphe de Carpenter, Talos renaît morceau par morceau, dans une logique de reconstruction organique certes plus sage, mais tout aussi troublante dans sa symbolique (les effets de maquillages gore de KNB lors du climax).
Le monstre apparaît moins comme un colosse enrubanné, que comme une force surnaturelle qui s’insinue, enveloppe, et découpe. L’horreur est donc plus spectrale, voire presque spirituelle (les visions traumatiques rendant l’un des protagonistes complètement fou). Cette étrangeté accentué par les images de synthèses de Flash Film Works participe à l’ambiance oppressante que le réalisateur tente d’insuffler lors des différentes manifestations de Talos, oscillant entre cauchemar onirique (le décor d’immeuble résidentiel littéralement pulvérisé) et grotesque assumé (la victime tirée par les bandelettes dans le fin fond d’un WC).
Comme dans l’univers de Barker, toute l’intrigue repose sur des motifs familiers et la transgression d’un interdit ancien : une entité féroce et malfaisante, un étrange rituel cabalistique, ainsi qu’une antichambre de l’Enfer incisive et abscons se prêtant au jeu de la comparaison avec le rubik’s cube d’Hellraiser. Cependant, Mulcahy ne plonge pas dans la douleur transcendante des cénobites, mais il en retient l’idée d’une punition spirituelle qui dépasse le simple monstre surgissant du passé. À la croisée du fantastique gothique et de l’horreur moderne, le film flirte avec ces deux références majeures : l’abomination reconstruite et l’entité punitive, comme si Talos se situait quelque part entre la “chose” informe et Pinhead en les invoquant dans un murmure funéraire.



